En attendant Godot à l’EHPAD

Södertälje, le samedi 28 octobre 2023 - Les résidents d’EHPAD atteints de démence sont fréquemment sujets à de l’anxiété et cette crainte se manifeste souvent par le désir de quitter leur établissement. Pour mieux prendre en charge ces patients en crise qui désirent « rentrer chez eux », une maison de retraite suédoise a installé en ses murs un arrêt de bus fictif qui permettrait l’apaisement des patients en difficulté. Attendre un bus qui ne passera jamais, c'est ainsi ce que propose cet établissement de santé. Dans un couloir on trouve ainsi un banc surmonté d'une carte de la ville et d'un panneau siglé de la compagnie de transports de la capitale suédoise avec une affiche qui précise les horaires du bus imaginaire.

Dans son reportage, l’AFP rapporte comment Caroline Wahlberg, responsable de l'établissement, s’installe à l’arrêt avec Edward, un octogénaire au regard d’enfant perdu. « A un certain degré de la maladie, les personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer ressentent très fréquemment une forme d'inquiétude, elles veulent rentrer à la maison » explique-t-elle. « Certains ont déjà fait leurs valises pour venir attendre ici. »

Si l'arrêt de bus n'est pas fréquenté quotidiennement, sa présence a été salutaire à de nombreuses reprises, selon elle. « Nous avions une patiente qui venait me voir tous les jours, plusieurs fois par jour. Elle demandait à ce que ses parents viennent la chercher. Venir s'assoir sur le banc ici, attendre et parler, ça la calmait, ça la rendait heureuse. Ensuite on pouvait aller manger ou regarder la télévision. »

Dès 2008 en Allemagne, des arrêts de bus factices ont été construits dans les parcs de certaines maisons de retraite pour réduire l'errance des personnes âgées et leur offrir un lieu où elles iraient instinctivement s'asseoir. Mais dans cette maison de retraite suédoise qui accueille actuellement 17 personnes, le dispositif est intégré dans la prise en charge thérapeutique des patients.

Pieux mensonge

Le banc est surtout utile en fin de journée, quand les patients sont les plus en difficulté. « Tout le monde a déjà pris le bus, alors quand ils voient le panneau ils le reconnaissent tout de suite, ils se disent que le bus va passer. Si on s'assoit avec eux et qu'on leur parle, ils oublient. On parle et ils oublient qu'ils voulaient sortir, ça sert vraiment (…) C'est une façon de réveiller des souvenirs » détaille Rebecka Gabrielsson, gestionnaire d’une partie des maisons de retraites de la municipalité. « On peut parler de là où ils ont travaillé, de là où ils ont voyagé, ça les aide avec leurs symptômes. »

Mais mentir à des patients vulnérables est-ce acceptable moralement ? Au pays du politiquement correct la question se pose. En 2019, une publication de l'Institut national israélien pour la politique de santé (IJHPR) consacrée à la question des faux arrêts de bus allemands s’interrogeait sur cette question. Il estimait que si l'objectif du dispositif est de réduire les tentatives de fuite des personnes âgées, il peut aussi renforcer le sentiment de frustration et de déception auxquels ces patients sont déjà exposés.

F.H.

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