Hospitalité talibane versus rigorisme sanitaire

Kaboul, le samedi 26 février 2022 – Les nombreuses règles sanitaires en vigueur depuis le début de l’épidémie de Covid-19 nous ont offert leur lot de situation kafkaïenne en deux ans de crise. Nombreuses sont celles ou ceux qui se sont retrouvés empêtrés dans des cauchemars administratifs, notamment en raison des réglementations sur les voyages. Une bureaucratie excessive qui peut conduire une démocratie libérale à se montrer moins compatissante que la plus cruelle des dictatures. C’est le constat amer qu’a fait Charlotte Bellis, journaliste néozélandaise qui croyait sans doute encore il y a peu que son pays était un exemple de progressisme. Employée par la chaine qatari Al Jazeera, elle a multiplié les reportages ces dernières années en Afghanistan. Elle avait d’ailleurs connu un début de notoriété en demandant à un chef taliban lors d’une conférence de presse ce qu’il comptait faire pour préserver les droits des femmes afghanes, alors que le brutal mouvement islamiste venait de s’emparer du contrôle du pays.

L’étonnante tolérance des Talibans

En septembre dernier, alors qu’elle se trouvait au Qatar, la jeune femme a appris un heureux évènement : elle était enfin tombée enceinte à 35 ans, alors même que les médecins l’avaient considéré comme stérile. Une bonne nouvelle rapidement suivi d’une inquiétude : les relations sexuelles hors mariage sont interdites au Qatar et Charlotte Bellis n’est pas marié. Un gynécologue qu’elle consulte à Doha lui conseille alors de quitter l’émirat rapidement pour éviter d’être emprisonné.

La journaliste songe alors naturellement à rentrer en Nouvelle-Zélande pour accoucher. Mais l’archipel a totalement fermé ses frontières aux étrangers depuis mars 2020, dans le cadre de la stratégie zéro-Covid. Seuls les Néo

Zélandais expatriés peuvent rentrer dans l’archipel, à condition de respecter un isolement strict de 10 jours à leur arrivée. Mais les places disponibles en quarantaine étant fortement limités, ils doivent participer à un tirage au sort pour pouvoir rentrez chez eux ! La journaliste demande alors aux autorités de Wellington de pouvoir bénéficier d’une exemption au vu de sa situation mais voit sa requête rejetée, le fait d’être enceinte dans un pays islamique et de risquer la prison n’étant visiblement pas suffisamment urgent pour les très prudentes autorités néo-zélandaises.

En désespoir de cause, la journaliste se tourne alors vers le seul pays pour lequel elle dispose d’un visa permanent : l’Afghanistan, où réside son compagnon, un journaliste belge travaillant pour le New York Times. A sa grande surprise, les Talibans se montrent beaucoup plus tolérants envers sa situation que le gouvernement néo-zélandais. « Nous sommes heureux pour vous, vous pouvez venir sans problème » lui répond un chef taliban. Interrogé par Charlotte Bellis sur sa situation de femme célibataire, le responsable afghan se montre étonnamment peu regardant sur la morale islamique : « vous êtes étrangers, vous faites ce que vous voulez ».

La future mère restera en Afghanistan jusqu’en mars

Charlotte Bellis se réfugie donc en Afghanistan en janvier dernier avec la bénédiction du gouvernement islamique. Mais bien consciente que l’émirat n’est pas le meilleur pays au monde pour donner naissance à un enfant, elle réitère sa demande pour être autorisé à rentrer en Nouvelle-Zélande. Mais là encore, sa sollicitation est rejetée, le gouvernement kiwi jugeant encore une fois sa situation insuffisamment grave pour justifier un rapatriement.

La journaliste décide alors de rendre sa situation publique et publie une lettre ouverte au gouvernement néo-zélandais, provoquant une importante polémique aux antipodes. Pour éviter que le scandale ne prenne de l’ampleur, les autorités néo-zélandaises ont finalement autorisé Charlotte Bellis à retourner dans l’archipel, indiquant qu’elle était en danger en Afghanistan. Une décision que la journaliste a qualifié d’hypocrite, répondant qu’elle se sentait en sécurité à Kaboul et qu’elle y resterait jusqu’en mars, deux mois avant la date de naissance prévue de son enfant.

L’histoire de Charlotte Bellis a mis en lumière la situation difficile dans laquelle se trouve les Néo-Zélandais expatriés, coupés de leur pays depuis maintenant deux ans. Wellington vient d’ailleurs d’annoncer un plan de réouverture de ses frontières très progressif. A partir du 28 février, les Néo-Zélandais vivant en Australie seront autorisés à entrer dans le pays, suivis de l’ensemble des expatriés le 14 mars et enfin des étrangers en juillet prochain.


Grégoire Griffard

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