Le prix Nobel rend-t-il fainéant ?

Stockholm, le samedi 22 juillet 2023 - Des chercheurs de l'Université de Stanford aux États-Unis et de l'Université de Waterloo au Canada ont publié pour le National Bureau of Economic Research une étude amusante qui met en évidence qu’être récipiendaire du prix Nobel de médecine « peut nuire à la productivité de la recherche ».

Les auteurs ont analysé les travaux publiés en post-récompense par les lauréats de deux prix : le prix Nobel de médecine et le prix Lasker. Trois mesures ont été examinées : le nombre d'articles publiés, l'originalité des thèmes abordés et le nombre de citations dans d'autres publications.

Dans le détail, dix ans avant d’être salués par leurs pairs, les lauréats du prix Nobel ou du prix Lasker ont à peu près le même nombre de publications. Cependant, dans les dix ans avant leur rencontre avec le roi de Suède, les lauréats du prix Nobel publient environ un article de plus par an que les récipiendaires du prix Lasker appariés. Ensuite, après avoir été récompensés du prix Nobel, la productivité des lauréats diminue considérablement : dix ans plus tard, ils publient environ un article de moins par an que les chercheurs couronnés du prix Lasker.

« Après le prix Nobel, la productivité des scientifiques concernés a fortement ralenti, tombant finalement en dessous de celle des lauréats Lasker sur les trois mesures et ceci alors même que ces derniers ont vu également leur productivité baisser » observent les auteurs.

La maxime Napoléonienne selon laquelle « c’est avec les hochets qu’on mène les hommes » et l’âge du capitaine ne sont sans doute pas totalement étranger à ce phénomène. Le prix Nobel est fréquemment décerné de nombreuses années après la découverte ciblée ; une analyse publiée en 2014 dans Physics Today avait même mis en évidence qu’au cours de l’histoire, le délai entre les recherches remarquées et la remise du célèbre prix s’était allongé, passant d’une dizaine d’années au début du 20ème siècle à une moyenne de 22 ans en ce qui concerne le Nobel de médecine au début des années 2000. Ainsi, ce sont majoritairement des scientifiques à la fin de leur carrière qui connaissent l’honneur de pouvoir dîner à la table du roi de Suède. La situation est assez différente en ce qui concerne le prix Lasker. Par ailleurs, un nombre non négligeable de ceux qui ont pu ajouter cette récompense à leur CV se voient attribuer quelques années plus tard le prix Nobel… Voilà qui ne peut qu’inciter à redoubler d’efforts dans la dernière ligne droite quand d’autres n’ont plus qu’à se reposer sur leurs lauriers n’ayant plus rien à espérer que la gloire (s’ils échappent à un autre effet du Prix Nobel également évoqué dans ces colonnes, une forme de dispersion intellectuelle pour le moins déroutante).

F.H.

Référence
Bhattacharya J et al. : Resting on their laureates ? Research productivity among winners of the Nobel prize in physiology or medicine. NBER working paper series. Juin 2023

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