Les goûts et les couleurs

Stockholm, le samedi 16 avril 2022 – « La beauté est dans l’œil de celui qui regarde » écrivait en 1878 l’écrivaine irlandaise Margaret Hungerford. Une manière de dire que chacun d’entre nous a des gouts et des perceptions différents et qu’il est impossible d’affirmer que quelque chose est universellement beau ou agréable. Tout le monde sait bien que notre vision du monde dépend de notre environnement, de notre éducation et de notre vécu et que ces différences sont encore accrues chez des individus qui proviennent de civilisations différentes.

Mais qu’en est-il de notre perception des odeurs ? Diffère-t-elle selon les cultures, alors même que nous partageons tous un appareil olfactif semblable et que les odeurs sont dépendantes de la structure moléculaire ? C’est à cette question que des scientifiques suédois et américains ont tenté de répondre dans un article publié en mars dans la revue américaine Current Biology. Pour leur recherche, les auteurs de l’étude ont demandé à des individus provenant de neuf communautés différentes de par le monde de classer dix odeurs différentes (vanille, urine de chat, noix de coco, poivron, clou de girofle…) de la plus agréable à la plus mal odorante. Parmi ces neuf groupes humains, sept sont des communautés isolées du reste de la planète, qui vivent de la chasse ou de l’agriculture de subsistance et qui sont donc vierges de toute influence occidentale. Les ordres de préférence ont ensuite été comparés avec ceux des habitants de New York.

Unis par l’amour de la vanille

Résultat, le classement des odeurs est extrêmement proche quelle que soit la culture. Les auteurs de l’étude estiment ainsi que seules 6 % des différences dans le classement des odeurs de la plus agréable à la plus désagréable sont dues à des éléments culturels, le reste étant lié soit à une différence trop difficilement perceptible des odeurs (40 %) soit à des différences de gout purement individuel (54 %). Les chercheurs constatent qu’il y autant de d’écart d’appréciation des odeurs chez deux individus appartenant au même groupe culturel que chez deux personnes de deux groupes différents. Enfin, les scientifiques constatent qu’en partant des résultats obtenus chez des habitants de New York, il est possible de créer un modèle qui permettra de prédire de façon assez précise les préférences en termes d’odeur de n’importe quel groupe d’humain, quelle que soit la culture dont il est issu.

Cette étude semble donc démontrer que, s’agissant des odeurs, la nature prime la culture et que quelle que soit l’éducation reçue et l’environnement dans lequel nous vivons, l’odeur associé à chaque structure moléculaire sera ressentie de façon homogène. En un sens, cette étude, en ce qu’elle souligne que tous les êtres humains partagent des caractéristiques communes, constitue un plaidoyer pour l’harmonie entre les humains.

Et, elle nous rappelle que malgré les différences ethniques, religieuses ou culturelles qui divisent l’humanité, tous les êtres humains sont unis par un même amour de l’odeur de la vanille et le même dégout pour l’odeur de l’urine de chat.

Nicolas Barbet

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