Les vaccins covid sont-ils haram ?

Jakarta, le samedi 7 mai 2022 – Depuis le début de la vaccination contre la Covid-19 dans le monde, les scientifiques s’interrogent sur l’efficacité et la potentielle dangerosité des différents types de technologie utilisés pour ces vaccins. Vaut-il mieux se faire administrer un vaccin à ARN messager, à adénovirus, à protéine recombinante ou à virus atténué ?

Au-delà de ces questions scientifiquement épineuses, il existe une autre interrogation tout aussi difficile à résoudre : ces vaccins sont-ils conformes (« halal ») ou contraires (« haram ») à la loi islamique (« charia ») ?

Si la question ne vous préoccupe pas plus que cela, elle est en revanche primordiale pour les 238 millions de musulmans qui habitent l’Indonésie, soit 87 % des habitants de l’archipel. Depuis le début de la campagne de vaccination, tous les vaccins voient leur conformité à la loi islamique examinée par le Conseil des oulémas, la plus haute instance religieuse du pays (un ouléma est un théologien islamique).

Seul le vaccin à virus inactivé du laboratoire chinois Sinovac a été certifié halal. Le vaccin à adénovirus de la firme AstraZeneca a en revanche été déclaré haram, les religieux ayant jugé que ce produit contient de la trypsine de porc (un animal impur dans la tradition musulmane) et ce malgré les dénégations du laboratoire suédo-britannique. Les théologiens ne se sont en revanche pas prononcés sur les vaccins de Pfizer et Moderna (sans doute le Coran n’évoque-t-il pas l’ARN messager).

Pas aussi sectaire qu’on pourrait le penser à première vue, le Conseil des oulémas a immédiatement tempéré sa « fatwa » (décision juridique) par une « mubah » (exemption) : les Indonésiens musulmans ont été autorisés à utiliser ces vaccins haram en raison du danger et de l’urgence créés par l’épidémie (qui a tué plus de 150 000 Indonésiens). Le droit islamique (comme le droit hébraïque) permet en effet de pouvoir déroger à certaines règles en cas d’urgence ou de maladie (les malades n’ont par exemple pas à faire le Ramadan).

Une décision salutaire, puisque le vaccin Sinovac s’est rapidement avéré inefficace et s’est vu retirée de la liste des vaccins autorisés (pour des raisons scientifiques cette fois), tandis que 72 % des Indonésiens se voyaient administrer des vaccins occidentaux certes haram mais efficace.

Mais pour les éléments les plus rigoristes de la société indonésienne, l’utilisation de produits haram est inacceptable, pandémie ou non. Le 14 avril dernier, la Fondation du consommateur indonésien musulman (YKMI), organisation islamiste, a donc intenté un recours contre la décision du gouvernement de retirer du marché le vaccin Sinovac. Le 21 avril, la Cour Suprême d’Indonésie a donné raison aux fondamentalistes, obligeant le gouvernement à réautoriser le vaccin chinois. « Les responsables politiques sont dans l’obligation de proposer des options adaptées aux musulmans » explique un journaliste indonésien.

Au nom de la religion, les Indonésiens peuvent donc se faire administrer un vaccin considéré par la plupart des scientifiques comme inefficace.

Ces considérations religieuses sont loin d’être anecdotiques pour les Indonésiens. En 2018, des traces de porc avaient été trouvées dans un vaccin contre la rougeole, finalement autorisé par le Conseil des oulémas, toujours au nom de la santé publique. Dans la province autonome islamiste d’Aceh, seul 8 % des habitants avaient accepté de recevoir ce vaccin haram.

Concluons tout de même, pour éviter toute accusation d’islamophobie à notre encontre, que l’islam est loin d’être incompatible avec la vaccination. Ainsi aux Emirats Arabes Unis, 99 % de la population est vaccinée contre la Covid-19, un record mondial.

Grégoire Griffard

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Vos réactions (1)

  • La foi et la science : une affaire de logique

    Le 09 mai 2022

    Le tabou porçin remonte à une époque ou cet animal était vecteur de maladies, ce qui semblait logique. Depuis cet animal est aussi sain que les autres, et en toute logique les docteurs de la foi islamique devraient faire tomber ce tabou (je ne suis pas sûr, mais il me semble bien que c'est prévu dans l'islam);mais manifestement le terme "impur" est plus nocif pour ces religieux que les maladies ...et ils ne veulent surtout pas se remettre en question !

    Dr F Chassaing

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