Pense-bêtes

Copenhague, le samedi 23 avril 2022 – Au XVIIème siècle, René Descartes défendait la théorie de « l’animal-machine » selon lesquels les animaux étaient semblables à des automates, ne réagissant que par réflexe et ne disposant pas d’une conscience comme les humains. Quatre siècles plus tard, nous savons bien que les animaux peuvent ressentir des sentiments et que la joie, l’inquiétude ou la tristesse ne sont pas forcément le propre de l’Homme. Il est cependant bien difficile parfois de comprendre ce que ressentent nos amis les bêtes. Des scientifiques venus de toute l’Europe et chapeautés par l’université de Copenhague ont donc décidé de tenter de déchiffrer les sons émis par les animaux pour mieux les comprendre.

Le cochon, un animal bavard

Dans une étude publiée dans la revue Nature le 7 mars dernier, les chercheurs ont donc décidé d’analyser les bruits émis par le porc. Les scientifiques ont jeté leur dévolu sur les cochons pour deux raisons : d’abord parce que le Danemark est le pays européen du porc (on y compte un nombre record de deux cochons par habitant) et ensuite et surtout parce qu’il s’agit d’un animal « bavard ». « Ils sont très vocaux, ce qui rend leur étude facile, ils produisent des vocalisations tout le temps » explique Elodie Briefer, responsable de ce projet de recherche. Pour les besoins de l’étude, les chercheurs ont analysé pas moins de 7 414 bruits de cochons (provenant de 411 animaux distincts) émis dans des circonstances différentes, de la naissance à l’abattoir.

Après cette étude qu’on imagine pour le moins fastidieuse, les chercheurs sont parvenus à la conclusion que les cochons extériorisent leurs pensées positives par des sons courts et leurs inquiétudes et angoisses par des grognements plus longs. Surtout, les auteurs de l’étude sont parvenus, à partir des résultats obtenus, à mettre en place un algorithme d’apprentissage automatique qui parvient à reconnaitre, au bruit émis par le cochon, s’il est « heureux » ou « inquiet ». Ce logiciel atteint un niveau de précision de 92 % dans la valence (c’est-à-dire pour déterminer si le bruit correspond à un sentiment positif ou négatif) et de 82 % pour déterminer le contexte précis qui a conduit le porc à émettre ce son. « Nous montrons qu’il est possible de déterminer les émotions des cochons selon leurs vocalisations » conclut Elodie Briefer.

Demain les chiens ?

Pour le Conseil danois de l’agriculture, qui a subventionné cette étude, cet outil pourra notamment être utilisé dans les fermes et élevages. « Si le pourcentage de sons négatifs augmente, alors l’éleveur sait que quelque chose ne va probablement pas et peut aller vérifier» explique Trine Vig, porte-parole du Conseil. De manière plus générale, les résultats de ces recherches pourraient avoir un impact important sur la question du bien-être animal et sur les relations entre les humains et les animaux. En 2019, la société américaine Amazon a ainsi prédit que des traducteurs pour animaux domestiques seraient commercialisés dans les 10 ans.

En attendant contentons-nous de caresser nos chiens et nos chats.

Quentin Haroche

Référence
Briefer E et coll. Classification of pig calls produced from birth to slaughter according to their emotional valence and context of production. Nature 2022, publication en ligne le 22 mars.

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