Un vaccin qui ne fait pas un tabac

Montréal, le samedi 26 mars 2022 – Le 24 février dernier, le ministère de la Santé du Canada autorisait chez les personnes âgées de 18 à 64 ans l’utilisation du vaccin contre la Covid-19 Covifenz développé par le laboratoire québécois Medicago. Le gouvernement fédéral canadien a également commandé 20 millions de doses, avec une option sur 56 millions de doses supplémentaires et ce bien que 82 % des Canadiens soient déjà vaccinés. « Il est trop tôt pour déterminer à quel moment débutera l’administration du vaccin » a cependant précisé le ministère de la Santé du Québec.

Le vaccin de Medicago repose sur une technologie particulièrement originale. Il n’est en effet développé ni à partir d’ARN messager (comme les vaccins Pfizer ou Moderna), ni avec un adénovirus (technologie utilisée par Astra Zeneca et Johnson & Johnson) mais à partir d’une plante. Le vaccin contient en effet de la nicotiana benthamiana, une plante australienne de la famille du tabac (comme son nom l’indique) auquel est ajouté un adjuvant développé par le laboratoire britannique GlaxoSmithKline. Selon les études menées par Medicago, ce vaccin serait efficace à 73 % contre le variant Delta.

Un actionnaire bien gênant

A priori, le développement de ce vaccin au tabac semblait être une totale réussite pour la société Medicago. Jusqu’à ce que le 2 mars dernier, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) annonce qu’elle suspendait la procédure visant à donner son agrément à ce vaccin et à l’intégrer dans son programme Covax de distribution de vaccins aux pays pauvres, alors même que tous les autres vaccins occidentaux ont été agréés. Un coup dur pour Medicago, les pays en voie de développement où encore peu de gens sont vaccinés étant le principal débouché potentiel de son vaccin.

Si l’OMS refuse de valider ce vaccin, ce n’est pas en raison de la technologie originale sur lequel il repose mais bien en raison des liens capitalistiques que Medicago entretient avec l’industrie du tabac. En effet, 21 % des actions du laboratoire québécois sont détenus par le géant du tabac Philip Morris International (PMI). Tout comme certains de ses concurrents, Philip Morris investit depuis plusieurs années dans le domaine de la santé (il a notamment acheté le spécialiste des substituts nicotiniques Fertin Pharma) via des holdings.

Le tabac pire que la Covid-19

Or, la convention cadre de l’OMS pour la lutte anti-tabac (CCLAT) de l’OMS précise que les Etats membres (dont le Canada) doivent éviter toute relation commerciale avec l’industrie du tabac. « L’OMS a une politique très stricte vis-à-vis des liens avec l’industrie du tabac » a tenu à rappeler Mariangela Simao, directrice générale adjointe de l’OMS le 17 mars dernier. « Ce n’est pas le moment le plus glorieux du Canada en matière de santé publique » a commenté pour sa part l’association canadienne contre le tabac Action on Smoking and Health.

Le gouvernement fédéral canadien, qui a investi 173 millions de dollars dans le développement de ce vaccin, essaye maintenant d’éviter que l’affaire ne tourne au fiasco. Il a ainsi rappelé que « la décision de l’OMS n’était pas encore prise » et qu’elle avait tout intérêt à agréer ce vaccin validé par Santé Canada, « une agence de réglementation reconnue partout sur la planète ». Les autorités canadiennes estiment qu’aucune entorse au CCLAT n’a été commise. Mais il est peu probable que l’OMS revienne sur sa position. L’agence onusienne rappelle régulièrement que son principal ennemi reste le tabac, qui tue près de 8 millions de personnes par an dans le monde, soit plus que la Covid-19.

Nicolas Barbet

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