Connaissez-vous « Who’s My Doctor » ?

Washington, le samedi 11 octobre 2014 – La traque des conflits d’intérêts des médecins est désormais devenue un hobby très prisé outre-Atlantique comme de ce côté de l’océan. Cependant, ce qui est principalement recherché concerne les liens supposant un contrat ou tout au moins un contact direct avec l’industrie du médicament ou une entreprise à but lucratif dans le domaine sanitaire. Pourtant, les praticiens, lorsqu’ils commentent un article scientifique ou quand ils soignent un patient, sont bien plus souvent mus par de très nombreux autres « intérêts » que celui de satisfaire une petite ou grosse entreprise. Ils sont dans leur pratique guidés par des convictions, des sentiments, voire même des croyances. Dès lors, un nombre croissant de praticiens aux Etats-Unis, toujours pionniers dans la bataille de la transparence, mais aussi en Europe s’interrogent sur l’opportunité de révéler tout ce qui à propos de soi pourrait avoir une influence dans un sens ou dans un autre sur sa pratique.

L’auteur déclare ne pas être circoncis, ainsi qu’aucun membre de sa famille

Le sujet était par exemple abordé dans le JAMA du 20 août dernier par David M. Shaw de Bâle. Il soulignait combien il serait parfois éclairant que les auteurs de certaines études élargissent leur traditionnelle déclaration de conflits d’intérêts pour donner d’autres renseignements. Plusieurs exemples étaient donnés : un auteur évoquant les bienfaits de l’allaitement ne devrait-il pas préciser si lui-même a été nourri au sein (ou ses enfants ?), un scientifique s’intéressant à la circoncision doit-il indiquer s’il est lui-même circoncis ou encore un défenseur farouche du dépistage du cancer de la prostate… doit-il signaler quelle est la part de ses revenus liés à l’ablation de cette glande ?

Quasiment avouer si l’on est démocrate ou républicain !

Ces questions semblent mettre en lumière combien il est réducteur de vouloir croire que seules les méchantes firmes peuvent créer des interférences dommageables à l’établissement de la vérité scientifique. Si certains estimeront que ce débat confirme par ailleurs combien est vaine la recherche d’une transparence absolue, d’autres au contraire jugent qu’il n’est pas impossible de tout dire. Le Docteur Leana Wen, urgentiste américaine, a ainsi récemment ouvert le site « Who’s My Doctor ». Ici les internautes peuvent accéder à des fiches d’information très complètes sur leur médecin. Ce ne sont pas uniquement les revenus des praticiens qui sont très précisément détaillés, mais aussi le déroulé de leurs études et leur situation familiale. Mais les précisions vont bien plus loin encore : sur la fiche du docteur Leana Wen, on découvre ainsi par exemple qu’elle est une grande sportive, qu’elle ne refuse pas un verre de vin de temps en temps ou encore quelle est sa vision de la médecine. « Je souhaite redessiner notre de système de santé de manière à offrir des soins sûrs, efficaces et humains » déclare-t-elle. Les praticiens qui ont accepté de se mettre à nu sur « Who’s My Doctor » peuvent également indiquer leur croyance en Dieu, leur niveau de pratique religieuse ou encore leur position vis-à-vis du mariage homosexuel. Autant de renseignements que le docteur Wen juge essentiels pour améliorer la qualité de la relation médecin/malade (et qui marque une faible confiance dans la capacité des médecins à observer au-delà de leurs ressentis personnels une neutralité bienveillante face aux malades). Pour l’heure, moins d’une cinquantaine de médecins ont accepté de jouer le jeu de la transparence et de signer « le Total Transparency Manifesto ». Cependant, Lana Wen affirme que de nombreux autres l’ont déjà contacté. A quand un « Who’s My Doctor » en France ?

Aurélie Haroche

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