Contre quoi les enfants burundais devraient être facilement protégés ?

Paris, le samedi 13 juin 2020 – Au moins 857 cas confirmés dans quatre districts du pays, selon un recensement établi le 27 avril 2020. Il ne s’agit pas du décompte du nombre de personnes infectées par SARS-CoV-2. C’est un bilan probablement non exhaustif d’une épidémie de rougeole qui sévit actuellement dans plusieurs régions du Burundi, Cibitoke, Butezi, Cankuzo et South Bujumbura. Difficile d’être certain de la véracité de ces chiffres : peu avant les élections présidentielles le 20 mai dernier, les responsables du pays ont demandé aux émissaires de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) de quitter le pays, alors que les représentant de l’agence onusienne s’inquiétaient que les rassemblements liés au vote puissent favoriser la propagation de SARS-CoV-2. Les autorités burundaises ont répondu qu’elles se fiaient à la protection divine pour lutter contre la Covid-19.

Un risque bien plus élevé

Ce n’est cependant pas uniquement vis-à-vis du SARS-CoV-2, dont la menace apparaît plus faible en Afrique qu’en Europe, probablement compte tenu en particulier de la pyramide des âges de la population, qu’une telle réponse préoccupe. L’épidémie de rougeole actuelle témoigne de l’abandon de la population par les autorités sanitaires. Or, dans ce contexte, le report des campagnes de vaccination, décidé par les organisations internationales en raison de la pandémie, suscite la colère sinon la circonspection des médecins burundais. En effet, l’épidémie actuelle de rougeole est la conséquence certaine d’un défaut de vaccination. « La circulation de la rougeole dans une population à faible immunité est la cause de cette épidémie. La majorité des cas (77%) n'étaient pas vaccinés ou n'étaient pas sûrs de leur statut vaccinal » indique un rapport de l’OMS cité par Le Lancet. Par ailleurs, les taux de mortalité sont plus élevés que ceux retrouvés habituellement en raison de la malnutrition et de différentes carences. « Cette épidémie de rougeole est un rappel brutal que - même pendant la pandémie de COVID-19 - les problèmes de santé publique qui existaient auparavant, n'ont pas disparu », insiste également cité par le Lancet Andrew Noymer, professeur de santé publique à l'Université de Californie. D’autres experts déplorent que l’épidémie de Covid-19 ait passé au second plan des menaces beaucoup plus prégnantes. Il ne fait ainsi aucun doute pour Charles Holmes (Center for Global Health Practice and Impact, Georgetown University Medical Center) que la rougeole représente un risque bien plus important pour les enfants burundais que la Covid-19, ce qui est d’autant plus révoltant qu’un vaccin efficace existe contre le premier fléau.

M.P.

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