Dans quel pays, des victimes de stérilisations forcées ont été reconnues cette semaine ?

Paris, le samedi 29 février 2020 – L’Afrique du Sud connaît l’une des plus fortes prévalences d’infections par le VIH au monde : 13,5 % de la population est séropositive. La prise en charge du VIH/Sida a été freinée à la fin des années 90 et au début des années 2000 par la stratégie meurtrière du président  Thabo Mbeki qui pendant des années a empêché la distribution des antirétroviraux dans son pays en refusant de "reconnaître" a l’origine virale du Sida. L’arrivée au pouvoir de Jacob Zuma a marqué une transformation complète et permis le lancement de programmes de prévention et de prise en charge efficaces, poursuivis par Cyril Ramaphosa.

Cependant, l’Afrique du Sud continue aujourd’hui de panser les plaies de longues années de déni autour de l’épidémie de VIH/SIDA ; une époque également rongée par la stigmatisation des personnes infectées. Ainsi, en 2015 deux organisations de défense des droits des femmes ont saisi la Commission pour l’égalité des sexes en Afrique du Sud afin qu’elle enquête sur le cas de plusieurs femmes victimes de stérilisation forcée. Quarante-huit témoignages avaient alors été présentés. La plupart concernait des femmes noires séropositives.

Stérilisation contre soins obstétricaux

Après près de cinq ans d’investigations, la Commission confirme l’exactitude des faits signalés. Dans plusieurs hôpitaux de Durban et de Johannesburg, principalement, des femmes prises en charge dans des services de gynécologie obstétrique, le plus souvent au moment de leur accouchement, ont été conduites à signer des formulaires d'acceptation de stérilisation dans des conditions où leur consentement éclairé ne pouvait être recueilli. Dans certains cas, les patientes ont été menacées d’être privées de soins si elles refusaient de signer les documents présentés. Dans d’autres cas, ces derniers leurs ont été présentés alors qu’elles étaient victimes de douleurs empêchant une appréhension sereine. Certains dossiers suggèrent encore que les femmes n’ont pas été informées et n’ont pas pu comprendre la teneur des autorisations qu’elles donnaient. D’autres mettent en évidence l'attitude des personnels soignants manifestant ouvertement leur hostilité vis-à-vis des femmes séropositives choisissant de donner naissance à un enfant.

Les actes réalisés dans ces conditions ont favorisé des dépressions et des troubles anxieux chez certaines des victimes, en particulier chez celles qui ont découvert l’intervention réalisée (le plus souvent au cours d’une césarienne) alors qu’elles tentaient de concevoir un nouvel enfant. Certaines femmes ont été abandonnées par leur conjoint, quand ce dernier a eu connaissance de leur stérilisation. La Commission juge que ces femmes ont été victimes de violations graves de leurs droits humains et de « traitements dégradants », les accusations visant directement les personnels soignants.
Pour l’heure, le ministre de la Santé n’a pas commenté les résultats de cette enquête.

Léa Crébat

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