Où peut-on trouver des « sangomas » ?

Pretoria, le samedi 12 avril 2014 – Souvent affublés de costumes traditionnels qui allient solennel et ridicule, agitant devant la foule médusée leurs bâtons de guérisseurs, les sangomas d’hier se font aujourd’hui voler la vedette par des « guérisseurs » férus de nouvelle technologie. Loin de freiner l’essor de ce que l’on appelle souvent la « médecine des osselets » très populaire en Afrique du Sud, les nouvelles technologies lui ont en effet offert un regain de dynamisme et probablement une nouvelle « légitimité ». Comme le rapporte l’AFP, les « sangomas » officient en effet désormais sur internet et connaissent grâce à la toile une visibilité accrue. L’agence de presse donne pour exemple le cas de Nokulinda Mkhize, diplômée de sciences sociales qui a abandonné cette voie pour devenir « sangoma ». Ses patients la consultent grâce à « Skype », tandis qu’elle compte 7 000 abonnés à son fil Twitter.

Un marché juteux

Nokulinda Mkhize affirme que son passage des sciences sociales à la médecine des osselets lui a été inspiré par le « destin », par « un appel ». Celui-ci a cependant pu être favorisé par le caractère très lucratif de cette activité. La médecine africaine traditionnelle (entre diagnostic grâce aux osselets et traitement par diverses plantes et graines) représente en effet un chiffre d’affaires de 280 millions de dollars par an selon une estimation (difficilement) réalisée il y a quelques années par l’économiste sud africain Myles Mander. Les Sud-Africains restent en effet très attachés à la médecine traditionnelle, or la désorganisation des dispensaires publics et la cherté de la médecine privée permettent difficilement de les en éloigner. Il a parfois été estimé qu’entre 60 et 80 % de la population pourrait avoir recours à ces guérisseurs. « Il y a une forte demande pour cette médecine et cela ne diminue pas. Dans presque chaque ville, il y a des centaines sinon des milliers d’acteurs sur ce marché » observe Myles Mander

Des pouvoirs publics mal à l’aise

Face à cet engouement qui ne se dément pas, les pouvoirs publics ne cachent pas leur malaise. Celui-ci s’est par exemple manifesté à la fin de l’année dernière lorsque le lancement d’un processus de certification pour les médecines « alternatives » a inclus toutes les pratiques existantes… sauf la médecine traditionnelle africaine. Pourtant une réglementation (drastique) s’impose pour réduire les risques auxquels est exposée la population.  Risques liés à la toxicité de certains produits utilisés, mais aussi à l’éloignement des patients de la médecine occidentale qui, dans certains cas, peut être fatal. Les « sangomas » et leur arrivée sur Skype et Twitter sont au-delà de ces questions de santé publique un nouveau témoignage de l’alliance entre les traditions les plus archaïques et la modernité féroce qui sont la marque de nombreux pays émergents dans le monde ; alliance dont on ne sait si elle ne pourrait pas parfois être un frein à leur formidable essor.

Aurélie Haroche

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