Pourquoi est-il difficile d’affirmer que les teneurs en vitamines et minéraux des légumes ont chuté ?

Paris, le samedi 22 juin 2019 – Ce lundi, l’émission Cash Investigation sur France 2 revenait sur le fonctionnement des entreprises qui en France et dans le monde produisent une grande partie des semences de fruits et de légumes. Parmi les nombreuses informations délivrées par ce nouveau numéro qui à l’instar des éditions précédentes n’a pas laissé indifférent, beaucoup ont été alertés par la mise en évidence de la diminution de la qualité nutritive des fruits et légumes. La teneur en calcium des fruits et légumes aurait ainsi chuté de 16 %, en vitamine C de 27% et en fer de 48 %. Une déperdition que certains, dont les journalistes de Cash Investigation, mettent notamment sur le compte des techniques d’hybridation et de sélection des semences, quand d’autres (semenciers en tête) incriminent plutôt les conditions de culture et de récolte.

Comparaison n’est pas raison

Si les causes de cette baisse apparaissent difficiles à déterminer et si des facteurs multiples sont probablement en cause, le point de départ de ces inquiétudes est peut-être également en partie à relativiser. En effet la comparaison historique de la teneur en vitamines et en minéraux est un art difficile comme l’ont rappelé de nombreux spécialistes en agronomie en marge de l’émission. Ainsi, Thibault Fiolet, expert pour le ministre de la Santé belge et pour l’autorité européenne de la sécurité alimentaire (EFSA) a tenu à rappeler sur Twitter que les premières tables de composition des aliments ont été publiées en France en 1937. Or, les données qui étaient présentées à l’époque et dans les années qui ont suivi la seconde guerre mondiale n’offrent pas nécessairement les mêmes critères rigoureux que les études actuelles. Les écarts-type retenus par exemple suggèrent une précision moins importante.

Des techniques très différentes

Des travaux publiés en 2003 dans Nutrition Health par l’équipe de D. Thomas avaient également observé les limites d’une comparaison, relevant par exemple que pour de nombreux aliments, les données sont manquantes ou parcellaires (il n’y avait par exemple dans les années 50 pas d’études sur les acides gras polyinsaturés ou le sélénium et rarement sur la vitamine E). Par ailleurs, les techniques d’analyse ont connu une sophistication très nette ce qui une fois encore limite la portée des rapprochements : la spectroscopie ou la fluorescence aux rayons X s’opposent ainsi à des dosages plus simples, notamment colorimétriques. Thibault Fiolet fait encore remarquer que sont absentes dans ces comparaisons des informations sur l’état de maturité des fruits analysés, ce qui est pourtant essentiel quand on se concentre sur la teneur en vitamine.

Une population bien alimentée

Enfin, une partie des variations pourraient être liées à des phénomènes naturels, tandis que « certaines différences (…) deviennent non significatives quand les teneurs sont rapportées en matière sèche » relève le spécialiste. Ce dernier fait en outre observer que cette diminution potentielle de nutriments ne se retrouve pas quand on s’intéresse aux taux de vitamine ou de calcium chez les consommateurs, qui sont le plus souvent en adéquation avec les recommandations, témoignant d’apports suffisants, tandis que les baisses potentielles, quand elles sont repérées apparaissent plus certainement en lien avec des comportements alimentaires spécifiques (éviction de certains aliments notamment).

Autant de données qui une fois encore invitent à relativiser la tendance actuelle à une dénonciation de la prétendue mauvaise qualité de notre alimentation (même si la progression des aliments ultra-transformés représenterait un véritable enjeu de santé publique).

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Vos réactions (1)

  • Rien de difficile !

    Le 28 juin 2019

    Pour répondre aux nombreuses questions de l'auteur (?) de cet article, il suffirait simplement de comparer les teneurs en vitamines, minéraux ... de légumes et fruits identiques mais issues de deux modes de cultures bien différents : d'un coté des aliments issues de cultures intensives sur des terres appauvries par des dizaines d'années de surexploitation et de l'autre des aliments bio cultivées sur des terres où l'on a respecté la biodiversité ! Rien de difficile !

    Dr Jean-Michel Jedraszak

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