Pourquoi Turner et Degas sont-ils des peintres volcaniques ?

Paris, le vendredi 28 mars 2014 – Etudiera-t-on dans deux cent ans les toiles des peintres d’aujourd’hui, afin de repérer sur elles les traces des pics de pollution qui nous ont par exemple touchés ces derniers jours ? Ces historiens spécialistes de la qualité de l’air à travers les siècles se montreraient sans doute avisés d’agir ainsi, si jamais toutes les autres données avaient disparu. L’étude des tableaux offre en effet des renseignements très précis sur les nuages de pollution. Non pas une analyse chimique de la toile et de la peinture, mais plus certainement des couleurs du peintre. C’est en tout cas ce que révèle une étude conduite par Christos Zeerfos, spécialiste des sciences atmosphériques à l’Académie d’Athènes, publiée dans Atmospheric Chemistry and Physics et qui a étudié (entre autres) les paysages de Turner et de Degas.

Crépuscules du monde

En 1815, l’Indonésie était frappée par l’éruption volcanique du Tambora (92 000 morts environ) qui eut des répercussions dans le monde entier, les cendres du volcan furent en effet dispersées partout sur la planète et on parla d’une année « sans été ». Les ciels de Turner nous le confirment, notamment celui du célèbre « Didon construisant Carthage ». Le voile présent sur la toile, les rouges et orangés du soleil sont en effet selon Christos Zeerfos les témoignages de cette répercussion climatique. De même, la pollution de l’air entraînée par l’éruption du Krakatoa en Indonésie en 1883 s’observe sans difficulté dans les paysages d’Edgar Degas. « Dans la coloration des couchers de soleil, c’est la façon dont le cerveau perçoit les verts et les rouges qui renferme des informations importantes sur l’environnement » explique le chercheur qui détaille plus encore : « Nous avons découvert que le rapport entre la proportion de rouges et la proportion de verts dans les crépuscules peints par les grands maîtres correspond bien avec la quantité d’aérosols volcaniques dans l’atmosphère à un moment donné, quel que soit le peintre ou son style ». De quoi faire résolument mentir Paul Valéry, convaincu que « Qui dit art, dit mensonge ».

Léa Crébat

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