Quel est le créateur de dynamite préféré des médecins ?

Paris, le samedi 29 novembre – Le 10 décembre 2014, le prix Nobel de Médecine (ou de Physiologie) sera remis des mains du roi de Suède à trois scientifiques*, pour leur découverte de cellules neurales impliquées dans la localisation spatiale, ces cellules jouant un rôle de « GPS interne ». C'est donc l'occasion idéale pour revenir sur la vie de l’homme qui fut à l'origine de ce prix.
Les prix Nobel ont été créés par Alfred Nobel en 1895, lorsque celui-ci écrivit son testament. Ces prix, au nombre de cinq (Physique, Chimie, Médecine, Littérature et Paix), sont décernés annuellement et s'accompagnent de dix millions de couronnes suédoises, c'est à dire plus d'un million d'euros... Ils récompensent un travail important dans l'une de ces cinq "disciplines". Très souvent, le prix est partagé entre plusieurs scientifiques, comme on a pu le voir en 2014 avec le Nobel de Médecine.

Précepteurs Danois et Russe

Alfred Nobel est né en 1833 à Stockholm, en Suède. Très vite, il part habiter en Russie car son père, ingénieur ambitieux, a signé un contrat avec le Tsar Nicolas 1er pour développer des mines sous-marines à Saint-Pétersbourg. L’éducation du jeune Alfred et de ses frères se fait donc grâce à deux précepteurs, Lars et Ian. Lars, d’origine suédoise, s’occupera de leur enseigner les Langues (Alfred parlera alors l’anglais, le russe, le suédois, le français et l’allemand), la Littérature et l’Histoire. Ian, qui lui est russe, leur transmettra des notions de Mathématiques, Physique et Chimie! C’est cette dernière qui passionnera le jeune homme et on peut facilement imaginer l’importance de Ian dans les choix ultérieurs d’Alfred.

Maîtriser l’incontrôlable

Malgré ses prédispositions pour les sciences, Alfred n’ira pas à l’université. Il préférera partir à Paris et aux Etats-Unis travailler directement dans des laboratoires de chimie. C’est à 17 ans, à Paris, que le jeune homme rencontre le chimiste italien Ascanio Sobrero, l’inventeur de la nitroglycérine, par le biais de Jules Pélouze, autre célèbre chimiste du XIXe siècle. La nitroglycérine est un dérivé du glycérol obtenu par nitration qui peut être utilisé dans des explosifs, ou alors en tant que vasodilatateur en médecine, molécule très singulière vous devez l'admettre! En ce milieu de XIXe siècle, la nitroglycérine était très difficilement contrôlable car hautement explosive. Et c’est peut-être ce qui fascina Nobel.

Des expériences explosives

Après avoir voyagé pendant plusieurs mois, notre jeune héros revint dans l'entreprise familiale à Saint-Pétersbourg pour essayer de développer à son compte de la nitroglycérine. En effet, sous la pression du Tsar Nicolas 1er (la guerre de Crimée de 1853 arrivait à grand pas!), Nobel père et fils comptaient utiliser le potentiel destructeur de ce composé chimique pour en faire une arme. Il s’avéra que cette entreprise fut plus compliquée que prévu. Malgré la fin de la guerre en 1856 qui conduisit l'entreprise familiale à faire faillite (l’armée avait opéré des coupes budgétaires) et en dépit de sa santé fragile, Alfred continua ses recherches. Ses premiers essais avec la nitroglycérine furent dramatiques, détruisant à plusieurs reprises la petite usine dans laquelle il travaillait et conduisant notamment à la mort de son frère cadet, Emil. Enfin, en 1867, la chance lui sourit quand il découvre par hasard que lorsque la nitroglycérine est mise en présence d'un solide inerte, le Kieselguhr (une roche sédimentaire siliceuse), elle devient beaucoup plus facile à transporter! Plus tard, il crée un détonateur pour contrôler à distance l'explosion de cette forme plus stable de nitroglycérine. En 1867, il brevette son invention et l'appelle "dynamite". Quelques années après, il inventera un deuxième explosif, la "dynamite Nobel", composée à la fois de nitroglycérine mais également de collodion (nitrocellulose dissoute dans de l'éther et de l'alcool).

Peu de temps avant sa mort, Alfred, peut-être pris de remords devant l’impact meurtrier de ses inventions, décida de léguer à titre posthume, l’ensemble de sa fortune à la Fondation Nobel, chargée de décerner annuellement le Prix Nobel. En 1896, Alfred Nobel s'éteint à San Remo, à l’âge de soixante-trois ans. Depuis, chaque 10 décembre, les plus grands scientifiques reçoivent une médaille à son effigie. Quel comble pour celui qui inventa la dynamite !

Louis JACOB, Normalien et étudiant en médecine

Référence
*John O’Keefe, May-Britt Moser et Edvard I. Moser.

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