Quel professeur de médecine collectionnait les crimes ?

La stèle en mémoire des 86 victimes d'August Hirt

Strasbourg, le samedi 7 mai 2022 – Les médecins aiment à penser que leur profession est profondément baignée d’humanisme et de compassion et qu’ils ne pourraient jamais céder aux sirènes des idéologies mortifères.

Mais l’Histoire est malheureusement emplie de médecins ayant prêté main forte à des régimes criminels et chacun sait qu’un grand nombre de médecins allemands n’ont pas hésité à participer aux crimes les plus abominables.

Ce mardi, une commission d’historiens constitué en 2016 a ainsi rendu son rapport sur les crimes commis par les médecins exerçant à la faculté de médecine de la Reichsuniversitat Strassburg, l’université allemande installée par les nazis à Strasbourg entre 1941 et 1944 à la suite de l’annexion de l’Alsace.

Longtemps, l’université de Strasbourg, qui a fui pour Clermont-Ferrand au moment de l’invasion de 1940, a considéré que cet épisode ne la concernait pas. Mais les révélations faites par le très médiatique Dr Michel Cymes en 2015 dans son ouvrage « Hippocrate aux enfers » puis par le Dr Raphael Toledano ont poussé l’université de Strasbourg à regarder son passé en face et à instituer cette commission d’historiens.

86 squelettes de la « race disparue »

Le groupe d’experts s’est penché sur le projet macabre et délirant d’August Hirt, professeur d’anatomie à l’université du Reich de Strasbourg, consistant établir une « collection » de 86 squelettes de Juifs, afin de conserver des traces scientifiques de ce qui devait devenir la « race disparue ».
« L’un des crimes les plus abominables jamais commis par les médecins » selon l’historien spécialiste de la médecine nazie Christian Bonah est validé en haut lieu par le chef de la SS Heinrich Himmler en février 1942.

 Au total, 86 prisonniers juifs (57 hommes et 29 femmes) du camp d’Auschwitz sont envoyés au camp de Struthof en Alsace en juillet 1943 pour y être gazés, leur corps étant ensuite mis à disposition du Pr Hirt.

Les cadavres des 86 suppliciés juifs ont été retrouvés à la libération du camp de Struthof en 1944 puis inhumés le 23 octobre 1945. Leur identité a pu être retrouvée en 2003 à partir de leurs numéros de déportés grâce au travail du journaliste allemand Hans-Joachim Lang.

L’université de Strasbourg conserve-t-elle encore des restes des victimes juives du Dr Hirt comme le prétendait le Dr Cymes en 2015 ? En réalité, seule des tissus biologiques appartenant à Menachem Taffel, l’une des 86 victimes du Pr Hirt, ont été retrouvés en 2015 par le Dr Toledano. Cette préparation avait été réalisée en 1945 par un médecin légiste en vue du procès des médecins nazis puis conservée par l’université de Strasbourg. Ces tissus ont été inhumés aux côtés des autres victimes du Pr Hirt en 2016.

En revanche, il n’existerait pas de mains ou de morceaux de crânes conservés comme l’écrivait Michel Cymes en 2015. Les seuls restes humains conservés dans des bocaux appartiendraient à des personnes décédés de mort naturelle ou de condamnés à mort de droit commun.

Un long travail de mémoire

Après s’être enfui de Strasbourg, August Hirt a laissé une lettre dans laquelle il tentait de se justifier, avant de se suicider le 2 juin 1945.

Ses deux complices de l’université allemande de Strasbourg, les Pr Otto Bickenbach et Eugen Haagen, n’ont fait que trois ans de prison dans les années 50, bien qu’ils aient mené des expériences sur des Tziganes et des prisonniers de guerre ayant conduit à la mort de centaines d’entre eux.

Pour l’historien Christian Bonah, l’université de Strasbourg n’en a pas fini avec son travail de mémoire. A l’heure actuelle, seule une petite plaque apposée devant l’Institut d’anatomie rappelle les atrocités commises par le Pr Hirt et son équipe. « J’espère que la faculté de médecine de Strasbourg intégrera cette période douloureuse dans son histoire et dans la formation des étudiants » conclut l’historien.

Niolas Barbet

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