Quelle intervention moyenâgeuse pourrait être remise au goût du jour ?

Paris, le samedi 30 septembre 2023 – C'est une pratique très ancienne, peut-être vieille comme le monde, que l'on croyait reléguée au musée des horreurs, au Contedes mille et une nuits et aux châtiments moyenâgeux. Elle sera pourtant l'un des thèmes abordés lors du prochain congrès de l'association Trans Santé France, constituée de médecins et de personnes transsexuelles.

Cette « intervention », baptisée désormais nullification (pour annulation génitale), n'est autre que l'émasculation. Depuis le milieu des années 90, s'est ainsi constitué un petit groupe de pression et d'entraide autour d'un site internet appelé l'Eunuch Archive. Leur revendication ? Les eunuques constituent un troisième genre au-delà de la binarité femme-homme. Chez ces hommes qui souhaitent devenir eunuques ou ceux qui le sont déjà, la principale raison évoquée est celle d'atteindre un état qui les libérerait des pulsions sexuelles.

Précisons pour ceux qui l’ignoreraient que la relation pathologique au corps caractérisée par le désir d'être un eunuque est appelée syndrome skoptique, nom formé d'après la secte russe des skoptzy (qui appelait à la castration pour se rapprocher de Dieu) et était décrite dans le DSM-IV. Ce trouble mental était considéré comme une paraphilie, mais a été retiré de l’édition du DSM-5.

Être libéré des pulsions sexuelles…ou pas !

Bien sûr, ces demandes émanent de personnes en grande souffrance, et il ne s'agit pas ici de les railler. Néanmoins, on peut être circonspect face à l'attitude d'associations de médecins et de chirurgiens nord-américains qui se sont engouffrés dans la brèche et accèdent (relativement facilement) à ces requêtes.

Depuis plusieurs années, quelques cliniques aux États-Unis proposent ainsi des pénectomies, une intervention qui consiste à enlever le pénis sans féminiser la zone génitale, c'est-à-dire sans reconstruire un vagin ou une vulve. La pénectomie peut également être combinée à une orchidectomie ou à une scrotectomie. L'un de ces chirurgiens plasticiens, le Dr Davis de Palo Alto, propose également la possibilité de conserver le tissu pénien distal qu'il "enfouit" dans les tissus profonds de la partie inférieure de l'os pubien, au-dessus de l'urètre, un peu comme un clitoris "caché". Cette zone n'affecte pas l'aspect lisse final de la région, mais offre un « tissu sensoriel supplémentaire significatif pour faciliter la stimulation orgasmique ». Un point troublant qui ne correspond guère à des personnes souhaitant se débarrasser de toute pulsion sexuelle…

La pratique de la nullification serait également possible chez les femmes et couplée avec une mastectomie, le fait que de telles interventions aient été pratiquées demeure douteux.

Du rififi dans le monde trans

Jusqu'en septembre 2022, ces cliniques ne recevaient pas le soutien de l'Association professionnelle mondiale pour la santé transgenre (WPATH), un regroupement mondial de professionnels qui œuvrent auprès des personnes trans. Dans ses dernières recommandations, publiées en septembre 2022 (et qui, selon la journaliste Sophie Robert, alertant le JIM sur ce point, devraient être suivies par l'association française qui tient son congrès en novembre), la WPATH écrit : « Nous recommandons aux professionnels de santé d'envisager une intervention médicale, une intervention chirurgicale ou les deux pour les personnes eunuques lorsqu'il existe un risque élevé que l'abstention de traitement n'entraîne la mort de ces personnes » ou « un préjudice à l'individu par le biais d'une auto-chirurgie, d'une chirurgie pratiquée par des praticiens non qualifiés, ou par l'utilisation non supervisée de médicaments qui affectent les hormones ».

Sur son site Web, la WPATH pose néanmoins quelques conditions. Les patients doivent avoir « plus de 18 ans », avoir en leur possession « deux lettres de prestataires de santé mentale, indiquant qu'ils sont prêts à subir une intervention chirurgicale ». Enfin, ils doivent « déjà prendre des hormones et …être non-fumeurs ». Ces précautions sont considérées comme insuffisantes par beaucoup de médecins, qui jugent ces nouvelles positions de la WPATH dangereuses. Dans une pétition signée par plus de 2 300 professionnels de santé à travers le monde, ils reprochent, entre autres, à cet organisme de favoriser désormais les émasculations et estiment que « le statut d'autorité (...) de la WPATH est irrémédiablement sapé par ses erreurs et ses manquements éthiques ».

F.H.

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