Qu’est-ce-que le NODU et pourquoi semble-t-il trompeur ?

Paris, le samedi 13 février 2021 – L’épidémie de Covid n’aura pas tout emporté. Sur Twitter, les débats autour de l’usage des pesticides sont toujours aussi vifs. La semaine qui vient de s’écouler vient de l’illustrer. Mardi, la Fondation Nicolas Hulot (FNH) publie un rapport accablant intitulé : « Réduction des pesticides en France : pourquoi un tel échec ». Elle déplore notamment : « Les résultats des politiques menées depuis 10 ans sont catastrophiques : +25 % d’usage des pesticides entre 2009 et 2018 », alors que notre pays s’était pourtant fixé comme objectif une diminution de 50 %. De nombreux médias reprennent alors l’information, se désolant de cette tendance préoccupante pour la santé. D’autres par ailleurs insistent sur le fait qu’elle infirme les satisfécits des pouvoirs publics, souvent prompts ces dernières années à vanter l’engagement de notre agriculture dans des pratiques moins néfastes pour l’environnement et la santé.

Une hausse en trompe l’œil ?

Cependant, rapidement, plusieurs journalistes et en particulier Géraldine Woessner (Le Point) et Emmanuelle Ducros (L’Opinion) nullement échaudées par les très sévères attaques dont elles ont été l’objet à chaque fois qu’elles ont tenté de rétablir la vérité (contre l’idéologie) sur ces sujets ont rectifié. D’abord, relève Géraldine Woessner, la FNH arrêté son bilan à l’année 2018, marquée par une quantité totale de substance vendues de 85 876 tonnes. Or, les volumes ont été bien moindres en 2019 (55 467 tonnes) : les agriculteurs, explique Géraldine Woessner ayant anticipé la hausse des taxes entrée en vigueur début 2019. Ces fluctuations invitent à une vision élargie de la situation et « en moyenne triennale, la baisse atteint 12 % en 2018-2019 » relève Géraldine Woessner.

Les limites de la transparence et de la généralisation

Par ailleurs, l’indice utilisé par la FNH qui a été, il est vrai, élaboré par le ministère de l’Agriculture est le NODU. « Calculé à partir des données de vente des distributeurs de produits phytopharmaceutiques, le NODU correspond à un nombre de traitements « moyens » appliqués annuellement sur l’ensemble des cultures, à l’échelle nationale. Il s’affranchit des substitutions de substances actives par de nouvelles substances efficaces à plus faible dose puisque, pour chaque substance, la quantité appliquée est rapportée à une dose unité (DU) qui lui est propre. Ainsi, rapporté à la surface agricole utile (SAU), le NODU permet de déterminer le nombre moyen de traitements par hectare » explique, de façon « transparente », le ministère de l’Agriculture. Or, ce qui fait la qualité du NODU est également son défaut.

Car précisément il ne permet pas de distinguer le type de phytosanitaires employées. Aussi, si pour éliminer parasites et champignons, un agriculteur préfère traiter deux fois plus avec une substance peu toxique plutôt qu'avec un produit plus efficace mais plus toxique, il verra son NODU augmenter. Son impact sur l’écologie sera-t-il pour autant plus délétère ? Pas si sûr. Et certains se montrent sarcastiques en notant qu’il serait contre-productif que soient pénalisés ceux qui pour éviter le recours au si sulfureux glyphosate utiliseraient de façon plus importante une combinaison de deux substances. Aussi, apparaît-il plus pertinent de se concentrer sur le type de pesticides. Or, certains éléments sont encourageants, avec notamment un recul des produits dont la dangerosité est avérée. Le ministère de l’Agriculture se félicite également de l’augmentation constante du nombre d’agriculteurs s’engageant dans des démarches de réduction des pesticides les plus délétères.

QSA contre NODU

Mais bien sûr tant les démonstrations de certains journalistes que les argumentations de Julien De Normandie n’ont pas suffi pour empêcher que les inévitables accusations de conflits d’intérêt soient lancées. Surtout la FNH s’est défendue de toute malignité : « Si les chiffres 2019 sont absents de ce graphique c’est parce que le calcul du NODU n’a pas encore été fait pour l’année 2019 ! » rappelle-t-elle. Par ailleurs, elle note : « A la suite de la publication de notre rapport, le chiffre de -36% de pesticides en 10 ans a été avancé, notamment sur twitter. Ce chiffre est calculé sur la base d’un autre indicateur : le QSA ou le suivi des quantités de substances actives vendues en France. Ce chiffre n’a pas été retenu comme l’indicateur de référence du suivi des pesticides car il n’est pas suffisamment précis. Comme le rappellent eux-mêmes, le ministère de l’Écologie et le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation dans leur méthodologie de calcul du NODU : un suivi simplifié de l’utilisation des produits phytopharmaceutiques pourrait être réalisé par le seul suivi des quantités de substances actives (QSA) vendues en France. Cependant, cette démarche serait susceptible de masquer la réalité compte-tenu des substitutions de certaines substances actives par de nouvelles substances efficaces à des doses plus faibles ». Malgré tout, la réflexion sur les limites du NODU ne semble pas totalement superfétatoire et même si cela limiterait peut-être la possibilité d’affichage spectaculaire et catastrophiste, une analyse plus fine, type de substances par type de substances, offrirait peut-être une vision plus nuancée et plus proche de la réalité.

Aurélie Haroche

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