Qu’est-ce que vous voyez ?

Paris, le samedi 27 mars 2021 - Parfois sur Twitter, on s’amuse. Mais le jeu ne s’adresse qu’à un cercle restreint d’initiés. C’est le cas des devinettes de la microbiologiste néerlandaise Elisabeth Bik. Celle qui depuis plusieurs années s’est spécialisée dans la traque des fraudes à la publication scientifique a présenté le 18 mars l’image de deux galeries d’appareils et procédés d’identification (API). La première était dédiée à l’identification d’Escherichia coli et la seconde à celle de la Schigellose. Le tout était une figure présente dans une publication de l’équipe du professeur Didier Raoult dans Frontiers in Microbiology en 2011.

Vu sur Wikipedia !

L’interrogation d’Elisabeth Bik concernait l’origine de cette image. « Il n'y a aucune mention dans cet article de la source originale de l'image. Une phrase de l'article faisant référence à la figure 5 cite deux articles, Karaolis et al. 1994 et Pupo et al., 2000, mais aucune de ces publications ne contient cette image. Une autre mention cite Maurelli et al. 1998, qui ne contient pas non plus cette figure » indique-t-elle sur le site Pubpeer. Dès lors a-t-elle sollicité la communauté de microbiologistes sur Twitter. Et une étonnante coïncidence a été détectée par l’un deux. Un consultant de l’industrie pharmaceutique commence ainsi par faire remarquer : « Soit dit en passant, il semble que ce soit exactement la même image que celle de l’article Wikipedia consacré aux galeries API (du moins dans l'article en français). Je ne sais pas si c'est celui de l'article qui a servi d'illustration sur Wikipédia ou l'inverse » s’interroge-t-il. Bientôt, il a la réponse « La photo a été créée en 2007. L'article a été publié en 2011 ».

Guerre larvée

Cependant, l’auteur met en garde : il ne faut pas nécessairement y voir une volonté de fraude, mais seulement la mise en évidence d’une erreur dans la bibliographie de l’étude (les erreurs de ce type ne sont, qui plus est, nullement l’apanage de la seule équipe de Didier Raoult). De la même manière, Elisabeth Bik répète qu’elle n’entend pas dénoncer ici une tromperie mais uniquement mettre en évidence un défaut de clarté sur l’origine de certaines images. Il n’en fallut cependant pas plus pour que la guerre toujours larvée sur Twitter entre partisans du Professeur Raoult et contempteurs se déchaîne à nouveau. Les premiers dénonçant un harcèlement contre le célèbre microbiologiste et les seconds y voyant une nouvelle manifestation de son défaut d’intégrité scientifique. Elisabeth Bik, pour sa part, peut-être piquée au vif par les remarques désobligeantes de Didier Raoult, l’ayant traité de « cinglée », semble avoir entrepris de poursuivre son investigation autour des précédentes études du praticien marseillais. Et pose de nouvelles questions sur Twitter. Ou décidément on s’amuse.

L.C.

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