Qu’est-ce qui a mauvais genre ?

Paris, le vendredi 10 avril 2020 - Cela s’est imposé. La majorité des publications, grand public comme professionnelles, ont fait ce choix grammatical, le JIM y compris. Cela s’est fait presque inconsciemment, tel un syndrome de glissement. Il y a probablement eu chez certains une confusion entre le type de virus en cause (le coronavirus, SARS-CoV-2) et la maladie, un problème de diagnostic fréquent. Quelques rares personnes tentent un confinement du problème en essayant d’éviter la détermination. Mais d’une manière générale, même les plus avertis ont accepté d’être contaminés. Les autorités linguistiques allaient-elles dépister cette incongruité ? En France, c’est le silence. Mais au Québec, une réponse a été donnée par l’Office québécois de langue française : « On constate une hésitation dans le genre attribué au terme COVID-19, probablement à cause de la confusion entre la dénomination du virus (SRAS-CoV-2, masculin) et celle de la maladie (COVID-19, féminin). Les sigles étrangers prennent généralement le genre qu'aurait en français le mot de base qui les compose. En vertu de cette règle, COVID-19 est de genre féminin, car dans la forme longue du terme français, maladie à coronavirus 2019, le mot de base est maladie ».

Contagion

La description du traitement est sans appel. Pourquoi alors vouloir continuer à faire mauvais genre ? C’est peut-être une question d’esthétique. Interrogée par France Culture, qui a consacré un bel article à cette question, Maria Candea, docteur en linguistique remarque : « Pour ce qui est de "Covid", des mots qui finissent en "id" (…) il n'y en a pas, sauf quelques emprunts masculins ("caïd", "polaroïd", "tabloïd"), ce qui peut influencer le genre qu'on donne spontanément à un mot ». Directeur de recherches en sciences du langage à l'Université de Paris Sorbonne, Loïc Depecker, note pour sa part que cette confusion des genres est peut-être également lié au fait qu’en « français, les anglicismes ont souvent un genre masculin : un club, un smoking. Alors qu'en français québécois, les anglicismes se conjuguent au féminin : une job, une sandwich, une vanity-case... ». Bien sûr, les spécialistes relèvent également que pour expliquer le succès de ce travestissement linguistique, l’effet de la contagion ne doit pas être oublié. Si nos hommes politiques et les journalistes étaient plus nombreux à évoquer la covid, les mots sur les maux seraient bien différents.

Aurélie Haroche (dont certains considéreront que son tropisme pour le masculin n'est qu'un effet secondaire de son refus de la féminisation des noms de fonctions gouvernementales).

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Vos réactions (1)

  • Féminisation

    Le 11 avril 2020

    Madame le Docteur Haroche, nous vous apprécions et vous félicitons. Vous êtes un vrai médecin (masc.) et une bonne journaliste (fém.).
    Le fait qu'il n'existe pas de mot féminin satisfaisant pour désigner votre métier médical (doctoresse, c'est moche, et docteure, c'est une pure concession au panurgisme langagier superficiel de l'époque) est certes fâcheux, mais pas essentiel : ce qui compte bien davantage, c'est vos qualités. Elles sont là.

    Dr Etienne Robin

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