Qu’est-ce qui est populaire mais ne fonctionne pas dans le domaine de la santé ?

Paris, le samedi 12 février 2022 – Le crowfunding, la version moderne de l’appel aux dons, est parfois présenté comme un symbole de la générosité et de la solidarité dont les hommes seraient capables de faire preuve. Il s’agit à travers le crowfunding de louer la façon dont certains choisissent de prendre leur destin en main tout en ayant foi dans le soutien des autres, même quand ils ne sont pas des proches.

Un tiers des collectes concerne des dettes médicales

Peut-être, mais le crowfunding ne fonctionne pas toujours. Aux Etats-Unis, malgré la réforme de l’assurance maladie décidée par Barack Obama, les sommes laissées à la charge des patients peuvent demeurer très élevées (en particulier dans certains états qui ont choisi une application minimale de la loi). Aussi, certains choisissent de faire appel au financement participatif pour les aider à combler leurs dettes. Selon le site GoFundMe qui représente 90 % du marché du crowfunding aux Etats-Unis, un peu plus d’un tiers des collectes enregistrées sur son portail concerne des soins médicaux.

Pas un dollar dans 16 % des cas

Cette proportion n’est cependant pas nécessairement un gage de réussite. Une enquête conduite par l’équipe de Nora Kenworth (Université de Washington) dont les résultats ont été publiés dans l’American Journal of Public Health révèle en effet l’échec de ces appels aux dons. Quelques 437 000 démarches lancées entre 2016 et 2020 ont été analysées. Si elles sont parvenues à engranger près de 2 milliards de dollars, les fonds récoltés connaissent d’importantes variations. Quand le record concerne une campagne ayant accumulé 2,4 millions de dollars (versés par 70 000 donateurs), 16 % des collectes n’obtiennent pas un dollar. Quand des fonds sont bien obtenus, la médiane est de 1 100 dollars. Ainsi, 90 % des campagnes ne parviennent pas à atteindre leur objectif, la moitié 25 % de la somme souhaitée et un tiers la moitié de ce qui avait été espéré.

On ne donne qu’aux riches

Les auteurs observent également que si les campagnes sont logiquement les plus nombreuses dans les états où les taux de personnes couvertes par une assurance sont les plus faibles, ce sont également dans ces régions que les taux de succès des appels aux dons sont les moins élevés. Les auteurs ne sont guère surpris par ce résultat. Ils notent en effet que les personnes qui ne bénéficient pas de couverture médicale sont aussi souvent celles dont les réseaux sociaux sont les moins développés, tandis que leurs relations ont souvent tendance à connaître les mêmes difficultés qu’eux, ce qui explique l’échec de leur appel aux dons, qui cible d’abord les proches. Dans ce contexte, les auteurs considèrent que les sites de crowfunding devraient renforcer leurs avertissements sur le sujet afin d’éviter de trop nombreuses déceptions…

M.P.

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