Qu’est-ce qui passe tous les 13 jours en France (ou presque) ?

Paris, le samedi 11 mai 2019 – Ces chiffres seraient plus marquants que les données absolues, aussi sont-ils largement utilisés. Plutôt que de rappeler que 130 femmes meurent chaque année sous les coups de leur compagnon, on préférera indiquer qu’une femme décède tous les trois jours en France, victime de violence conjugale. Reprenant cette rhétorique mathématique, le député Claire O’Petit a récemment fait une sortie remarquée à l’Assemblée nationale en déplorant que dans l’indifférence générale, un homme meurt tous les treize jours en France, tué par sa compagne.

Entre un décès tous les 13 jours et un décès tous les 23 jours

L’information a tout à la fois étonné en raison de la fréquence ignorée de ces meurtres et dérangé. Beaucoup ont redouté que cette mise en avant de la mortalité des hommes sous les coups de leurs conjointes contribue à minimiser la gravité des violences dont sont victimes les femmes. Aussi, les déclarations de Claire O’Petit ont été l’objet de plusieurs décryptages dans la presse. Il apparaît que les chiffres du ministère de l’Intérieur concernant les morts violentes au sein des couples (hétérosexuels) font état de 16 décès d’homme (contre 109 femmes) en 2017 ; ce qui équivaut à un décès tous les 23 jours. Cependant, les chiffres de 2016 moins favorables recensaient 28 décès d’hommes, soit un chiffre plus proche de la fréquence avancée par Claire O’Petit.

Asymétrie des antécédents de violence

Cette précision faite, les sites de décryptage qui ont analysé l’information du député ont tenu à insister sur le fait que dans 60,71 % des cas où l’homme est tué par sa compagne, il avait commis des violences contre elle auparavant. La situation inverse ne se retrouve que dans 8,3 % des cas où l’auteur de l’homicide est un homme. Par ailleurs dans ces situations, les violences étaient réciproques. Enfin, dans seulement cinq cas sur 109 femmes tuées, ces dernières avaient perpétré des violences contre leur compagnon.

Tabou majeur

Si cette asymétrie certaine n’est pas inutile à rappeler (et si elle signale une nouvelle fois le caractère trompeur de certains raccourcis faciles qui ne valent guère plus que des slogans), elle ne doit cependant pas conduire à totalement ignorer l’existence de ces hommes battus et maltraités, qui font l’objet d’une omerta totale. Aucune campagne d’information, aucun centre d’appel, aucune sensibilisation ne sont prévus pour répondre à la détresse de ces hommes pour lesquels le tabou de l’humiliation est souvent plus fort encore que pour les femmes (d’autant plus qu’à la différence de ce qu’on retrouve dans les violences conjugales dont les femmes sont victimes, les hommes maltraités présentent souvent un niveau de diplôme supérieur à la moyenne nationale). Sur ce point, la remarque de Claire O’Petit méritait l’attention au-delà des querelles de chiffres. Enfin, on remarquera que tant dans les statistiques nationales que dans les politiques de prévention sont souvent oubliés les cas pourtant également fréquents comme le montre la littérature internationale des violences au sein des couples homosexuels (notamment masculins). Considérer que rappeler les souffrances de certains pourrait être un prétexte pour minimiser les brimades subies par les autres n’est probablement pas une approche conforme à l’esprit des luttes féministes, luttes que l’on souhaite d’abord universalistes et humanistes au-delà des sexes et des orientations.

Aurélie Haroche

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