Qu’est-ce qu’un « papa-shufu » (et pourquoi c’est bon pour la santé) ?

Tokyo, le samedi 9 septembre 2023 – Selon une étude japonaise, une plus grande implication des pères dans l’éducation des enfants a un effet bénéfique sur la santé de ces derniers.

« La moitié des hommes que je connais ne me comprend pas, mais l’autre moitié m’envie » témoigne Ryo, un père de famille japonais. Ryo est ce qu’on appelle au Japon un « papa-shufu », comprenez un père au foyer. Il a décidé d’abandonner sa carrière pour élever sa fille à plein temps, tandis que sa femme continue à travailler pour subvenir aux besoins de la famille. Un choix extrêmement rare au Japon, où la tradition et les rôles habituels attribués aux hommes et aux femmes dans l’éducation des enfants ont la vie dure, mais qui pourrait devenir plus fréquent ces prochaines années, notamment au vu des vertus sanitaires de cette pratique.

Une diminution du risque de retard de développement chez l’enfant

Un groupe de pédiatres japonais, membres du « groupe d’étude japonais sur l’environnement et les enfants » a en effet publié en juillet dernier une étude dans la revue Pediatric Research tentant d’évaluer l’impact sur la santé et le développement des enfants de l’implication de leurs pères dans leur éducation. Les chercheurs se sont appuyés sur les données de la plus grande cohorte de naissances au Japon, regroupant plus de 28 000 enfants. Ils ont ensuite évalué le degré d’implication des pères dans la garde de leurs enfants à l’âge de six mois en leur demandant à quelle fréquence ils accomplissaient certaines tâches (changer le bébé, le mettre au lit, le nourrir…). Ils ont ainsi pu attribuer à chaque père une note allant de 1 à 4 selon son degré d’implication envers son enfant.

En comparant ce degré d’implication avec l’état de santé et de développement de l’enfant à l’âge de trois ans, les auteurs de l’étude ont pu établir une corrélation entre le fait que le père s’occupe de son enfant en bas âge et l’absence de retard de développement chez ce dernier. « Une forte implication des pères dans la garde des enfants a été associée à un risque plus faible de retard de développement dans les domaines de la motricité globale, de la motricité fine, de la résolution de problèmes et de la vie personnelle et sociale, par rapport à une faible implication » résument les pédiatres japonais. « La participation active des pères à la garde des enfants pendant la petite enfance peut favoriser le développement des jeunes enfants, en partie en réduisant le stress parental maternel » concluent les auteurs.

Un congé parental de douze mois

Depuis une quinzaine d’années, le gouvernement japonais multiplie les mesures à destination des parents et en particulier des pères, dans l’espoir de relancer une natalité au plus bas (seulement 1,34 enfant par femme !). Une loi de 2010 a ainsi créé un congé parental de douze mois pour les mères comme pour les pères, le plus long au monde et les employeurs sont désormais obligés de limiter le temps de travail des pères à six heures par jour.

Petit à petit, les mentalités changent et de plus en plus de pères s’accordent un congé pour s’occuper de leurs enfants. Certes, selon les derniers chiffres du gouvernement japonais, seulement 17 % des pères japonais ont pris un congé paternité en 2022, contre 80 % des mères (et 67 % des pères en France). Mais c’est tout de même neuf fois plus qu’en 2012 : désormais les papa-shufus ne sont plus une incongruité mais un véritable phénomène de société au pays du Soleil Levant.

Quentin Haroche

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