Qui a suscité l’ire des médecins cette semaine ?

Paris, le samedi 26 mars 2022 – Quand on évoque les conflits qui peuvent exister entre certains professionnels destinés à travailler ensemble, il est souvent recommandé d’éviter de s’en tenir aux caricatures et de se rappeler que le plus souvent, « sur le terrain » l’entente et la coordination sont majoritaires. Cependant, entre les médecins et les directions des centres hospitaliers, certaines idées reçues pourraient ne pas être que des fantasmes.

Caprices

Ainsi, cette semaine, la remarque de la directrice du Centre hospitalier régional Metz-Thionville a illustré les tensions qui peuvent exister entre les directions hospitalières et les praticiens. Dans le cadre d’un documentaire sobrement intitulé « La lente agonie de l’hôpital public », diffusé sur France 3, Marie-Odile Saillard évoquait la question du partage de la gouvernance. Elle remarquait à ce propos : « Certaines équipes sont prêtes à y aller, d’autres pas encore. Je pense qu’aujourd’hui, les équipes médicales et les structures médicales ne sont pas toutes au même degré de maturité ». Et alors que le journaliste lui demandait de préciser sa pensée, elle énuméra les différents points sur lesquels les consensus peuvent être difficiles : « Essayer d’éviter le gaspillage, les mauvais usages, et aussi le caprice ». Que fallait-il entendre par ce dernier point ?  « Les médecins sont capricieux ? » interrogea alors le journaliste. Marie-Odile Saillard répondit : « Nous sommes tous capricieux. Les médecins le sont plus particulièrement, ce sont des divas ». Bien sûr, cette dernière petite phrase n’a pas manqué de déclencher l’ire des praticiens sur les réseaux sociaux.

Vis ma vie de diva !

Le hashtag #Jesuisunediva a ainsi été utilisé pour commenter des images de plateaux repas lyophilisés et guère appétissants, la vétusté des chambres de garde aux travaux inachevés, les innombrables tableaux Excel à remplir et les refus souvent désobligeants des directions hospitalières face à des demandes sans excès (matériels complémentaires, jour de repos pour raison familiale…). Certains internautes sont allés plus loin, signalant clairement ce que cette sortie leur inspire quant aux relations entre directions hospitalières et médecins. Ainsi, l’auteur de la bande dessinée Vie de Carabin a asséné : « Les directeurs d’hôpitaux sont au service des soignants, et non pas l’inverse ».

Un précédent remarqué

L’amertume des médecins a été d’autant plus importante que Marie-Odile Saillard s’était déjà fait remarquer par le passé par des déclarations peu consensuelles. Ainsi, le médecin écrivant sur Twitter derrière l’appellation « Marie de la réa » a rappelé une interview de la directrice il y a quelques années où elle observait à propos de la liberté d’installation : « Dans un pays où les études médicales sont payées par la collectivité publique, c’est-à-dire par des cotisations sociales (contrairement aux États-Unis par exemple, où un étudiant en médecine s’endette pour 30 ans), ça ne me choquerait pas qu’il y ait un certain nombre de dispositions tendant à restituer à la collectivité ce qu’elle a investi sur une personne. Je suis de la même manière assez choquée par le fait qu’on puisse aujourd’hui payer des études de cette longueur (10, 15 ans d’études) à des personnes qui peuvent  décider de ne pas exercer ou d’exercer à mi-temps : c’est le cas de la moitié des femmes ».

Rien refuser aux médecins ? Vraiment ?

Marie-Odile Saillard n’est pas restée indifférente à cette levée de bouclier et a ainsi réagi à la polémique sur Twitter : « En réponse à #jesuisunediva, les divas sont des personnes extraordinaires, douées de talents hors norme et pour lesquelles j’ai une immense admiration, mais qui ont tendance à considérer, qu'à ce titre, rien ne peut leur être refusé. Inlassable défenderesse de l’hôpital public, extraire ce seul passage de mon interview est bien réducteur pour l’hôpital public à qui j’ai consacré ma vie, dont 10 ans dans la blouse blanche d’une infirmière ».

Pas sûr qu’une telle déclaration suffise totalement à apaiser les esprits, quand nombre de médecins hospitaliers considèrent au contraire que l’expérience de la vie à l’hôpital leur a appris combien on pouvait quotidiennement leur refuser des conditions normales de travail.

A.H.

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Vos réactions (1)

  • Lutte de classes ?

    Le 28 mars 2022

    «Les médecins le sont plus particulièrement [capricieux], ce sont des divas »
    « …hôpital public auquel j’ai consacré ma vie, dont 10 ans dans la blouse blanche d’une infirmière. »
    Ceci expliquerait-il cela? Revanche d’une frustrée? Maintenant c’est moi la cheffe!

    Dr P Foulon

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