Qui bénéficie d’une attention inédite (et pas seulement à cause de son joli nom) ?

Paris, le samedi 20 juin 2020 – S’il est facile de gloser sur le monde d’après et le monde d’avant, il est difficile de nier que l’épidémie a donné une dimension presque palpable à un sentiment inhérent à l’humanité : l’incertitude. Ce n’est pas seulement l’impossibilité de déterminer si l’épidémie connaîtra des rebonds redoutables dans l’avenir, mais également la difficulté de savoir si certaines des tendances qui ont émergé pendant la pandémie seront pérennes ou non.

Les virologues ainsi s’inquiètent. L’intérêt dont leur discipline a bénéficié, entraînant le déblocage de crédits inespérés doit-il leur faire croire qu’une nouvelle ère a débuté. «Nous manquons d’agences spécifiques pour les virus émergents. Des travaux abondants sont faits sur leur séquençage, mais nous avons besoin de connaître leurs mécanismes d’entrée dans les cellules, de réplication et leurs interactions avec le système immunitaire. Trop peu d’équipes se consacrent à ces sujets. La cryoélectromicroscopie a permis une véritable révolution en biologie structurale, mais nous en sommes encore trop peu équipés en France » remarque dans un récent article publié par le journal du CNRS Bruno Canard, spécialiste des virus à génome ARN. A cet égard, les fonds qui ont été débloqués si rapidement ne sont que partiellement encourageants. « La recherche fondamentale en virologie doit être soutenue. On ne peut pas décider d’où va l’argent seulement en fonction de l’actualité, il faut une vision sur dix à vingt ans. Même des virus qui ont déjà un vaccin ou un traitement efficace, comme les hépatites B et C, peuvent muter » insiste Lauriane Lecoq, coordinatrice d’un laboratoire de Microbiologie moléculaire et biochimie structurale.

La fièvre retombera-t-elle après SARS-Cov-2 et la virologie renouera-t-elle avec l’oubli ou faut-il espérer que l’engouement perdurera ?

L’intérêt suscité cette semaine par la publication de virologues de l’hôpital Henri Mondor de Créteil offre peut-être un élément de réponse. Cette équipe a décrit dans Emerging Infectious Diseases les circonstances d’identification d’un nouveau virus, le Cristoli virus (en référence aux Cristoliens les habitants de Créteil). Une femme immunodéprimée, souffrant d’anorexie et d’un retard psychomoteur, avait été admise à plusieurs reprises entre septembre et mars 2019 à l’hôpital de la Salpêtrière, atteinte de fièvre et de signes neurologiques s’aggravant au fil des mois. Les praticiens avaient diagnostiqué une encéphalite et réalisé une biopsie cérébrale, peu avant le décès en mars 2019. Pour déterminer l’origine de l’encéphalite, un échantillon a été transmis aux équipes d’Henri Mondor, qui ont procédé à une analyse métagénomique, qui a permis d’identifier un nouveau virus de la famille des Orthobunyavirus. Ces derniers se transmettent généralement par des insectes « souvent des moustiques, mais sont rarement responsables de maladies graves. La plupart des transmissions sont asymptomatiques » indique le professeur Jean-Michel Pawlotsky, chef du pôle de biologie médicale de l’hôpital Henri Mondor (Créteil). Ce sont les antécédents médicaux particuliers de la patiente qui ont favorisé le développement d’une encéphalite.

Des armes pour séduire

La publicité dont a bénéficié cette première n’est sans doute pas étrangère à la fébrilité actuelle et à la crainte de l’émergence d’agents pathogènes aussi (voire plus!) dangereux que SARS-CoV-2. Mais il n’est pas impossible que le choix d’un nom intriguant et séduisant (Cristoli virus) et l’histoire particulière de sa découverte aient également contribué à sa visibilité. Or, qui dit visibilité, ni désormais financement. Une leçon à retenir pour que la virologie ne retombe pas trop rapidement dans l’oubli.

A.H.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article