Qui est responsable de la diffusion d’informations médicales « exagérées » ?

Paris, le samedi 13 décembre 2014 – Pas une semaine ne se passe quand que les médias grand public annoncent les résultats d’une étude menée chez la souris ou un autre type de rongeur suggérant qu’il vaut mieux se priver de chocolat, sucreries et autres douceurs si l’on espère pouvoir faire la roue dans sa cage encore longtemps. Ce peut-être plus réjouissant : une observation faite en laboratoire évoque le potentiel thérapeutique de telle ou telle substance, ouvrant des perspectives pour le traitement du cor au pied et autres pathologies. Deux attitudes chez les lecteurs : jeter toutes ses plaquettes de chocolat et sauter de joie à pieds joints (les jours sans cor) ou observer avec dédain ces fariboles journalistiques, songeant que les travaux dont il est question ne sont probablement pas si avancés.

Journaliste vs scientifique : qui recherche le sensationnel ?

Les seconds lecteurs sont sans doute bien mieux inspirés. Souvent, les liens de cause à effet évoqués à renfort de gros titres dans les journaux sont loin d’être scientifiquement étayés. Oui, mais faut-il néanmoins tirer sur les hérauts ? Les responsables de la transmission de ces informations légèrement exagérées quand à leur significativité pour l’homme ou trop enthousiastes sont-ils toujours les journalistes ? On veut le croire lorsqu’on retrouve dans les médias des chercheurs tempêtant sur la stupidité de ces colporteurs, incapables de comprendre des outils statistiques ou brandissant dans le seul but de vendre du papier des menaces non encore prouvées à leurs lecteurs ou téléspectateurs. Mais si les principaux coupables étaient les chercheurs eux-mêmes ou tout au moins les services de presse des universités ? Car c’est d’abord dans leurs communiqués émanant des facultés et autres instituts de recherche que l’on trouve les superlatifs dithyrambiques et les promesses alléchantes. C’est ce qu’a mis en évidence une étude menée par des chercheurs de Cardiff (qui ne recevront peut-être pas beaucoup de chocolat ce Noël) dont les résultats sont publiés dans le British Medical Journal.

Des communiqués un peu trop enthousiastes

Ils ont passé au crible 462 communiqués officiels et les ont comparés aux études citées ainsi qu’aux coupures de presse reprenant leurs informations. Il est apparu que dans 40 % des textes transmis par les universités aux médias on retrouvait des recommandations préconisant des modifications de comportement, que les résultats publiés dans les articles originels ne permettaient guère de justifier. De même dans 36 % de ces communiqués, une extrapolation de données obtenues chez l’animal à l’homme est faite d’une manière qu’une fois encore les travaux en eux-mêmes ne permettent pas objectivement. Enfin, des liens de cause à effet exagérés sont évoqués dans 33 % de ces documents produits par les instituts de recherche.

Les journalistes fidèles aux communiqués qu’ils reçoivent !

Or, le journaliste, homme pressé, pas toujours familier des outils statistiques et ayant plutôt tendance à faire confiance à des services de presse institutionnels reprennent ces informations, comme l’ont constaté les chercheurs de Cardiff : les exagérations que l’on constate dans les communiqués se retrouvent très fréquemment dans les coupures de presse. Par ailleurs, il est rare que le journaliste prenne lui-même l’initiative de présenter l’étude qu’il révèle sous un jour un peu différent de la réalité. Ainsi, lorsque le communiqué se montre fidèle aux résultats obtenus, seuls 17 % des articles de presse affirment sans fondement que les travaux qu’ils commentent incitent à modifier son comportement, 18 % suggèrent des liens de causalité jamais évoqués et 10 % tentent d’extrapoler à l’homme des résultats obtenus chez l’animal. Voici des données qui pour une fois dédouanent les journalistes, sauf à leur reprocher de rarement aller au-delà des seuls communiqués transmis par les universités. Les chercheurs ajoutent même que l’argument selon lequel les institutions seraient obligées de présenter leurs travaux sous leur meilleur jour pour susciter l’attention des médias paraît ne pas être fondé puisque les auteurs de l’étude affirment que les communiqués les plus proches des résultats primaires ne sont pas moins repris par la presse que ceux un peu plus éloignés de la réalité.

Le fonctionnement de la recherche en cause ?

Les explications ne manquent cependant pas pour comprendre cette communication embellie. Les chercheurs insistent notamment sur les conséquences néfastes de la concurrence féroce que se livrent désormais les universités poussant plus d’un service de communication à rivaliser d’ingéniosité pour faire parler de leurs chercheurs.

Sur le site « Pourquoi docteur » Amélie Yavchitz, chercheuse à l’INSERM remarque également qu’après de longues années de travaux, il est tentant et humain de vouloir présenter le fruit de ses recherches sous leur meilleur jour, d’autant plus lorsqu’on est sincèrement convaincu de leur bien fondé et qu’on espère pouvoir continuer à les voir financer.

Aurélie Haroche

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