Qui fête fièrement ses 200 ans ?

Londres, le samedi 28 octobre 2023 – The Lancet, l’une des principales revues médicales dans le monde, fête ses 200 ans ce mois-ci.

C’est le 5 octobre 1823, il y a tout juste 200 ans, que le Dr Thomas Wakley, jeune médecin britannique de 28 ans (le même âge que le fondateur du JIM à sa création en 1979 soit dit en passant) créait le premier numéro d’une toute nouvelle revue médicale. Pour cette nouvelle publication, dont l’objectif était de bousculer le milieu très fermé de la médecine britannique au début du XIXème siècle, ce chirurgien choisira comme nom celui de son instrument de travail : « The Lancet », un bistouri dans la langue de Shakespeare. Deux cents plus tard, The Lancet est toujours considéré comme l’une des revues médicales les plus prestigieuses du monde.  

A travers ses deux cents ans d’histoire, la petite revue qui contenait à ses débuts, outre des articles sur la chirurgie, des articles politiques, des critiques de théâtre et même la description de parties d’échecs, n’a cessé d’évoluer, accompagnant l’évolution de la médecine et des médias. La revue est longtemps restée la chasse gardée de la famille Wakley, ses membres se succédant de père en fils comme rédacteur en chef du journal jusqu’en 1909.

En 1991, The Lancet devient la propriété du groupe éditorial Elsevier, qui décide de créer des versions spécialisées du célèbre journal. Naissent alors The Lancet Infectious Diseases ou encore The Lancet Neurology. L’illustre hebdomadaire prend très vite le tournant d’internet : le site internet du Lancet est créé en 1996 et les articles sont accessibles en ligne dès 1998.

Pénicilline, échographie…et Lancet Gate

Dans ses plus de 10 000 numéros, The Lancet aura publié en exclusivité de nombreuses études scientifiques de portée historique. C’est dans The Lancet que le Dr Alexander Fleming publie en 1943 la toute première étude sur la pénicilline, ou que le Pr Ian Donald évoque la toute première écographie dans un article du 7 juin 1958. Dans The Lancet toujours qu’est rapporté en 1964 la découverte du virus Epstein-Barr.

Mais à l’impossible nul n’est tenu et la réputation de The Lancet aura également été entaché par divers scandales scientifiques. En 1998, le journal publie ainsi un article au fort retentissement du Dr Andrew Wakefield sur un lien supposé entre la vaccination ROR et l’autisme : The Lancet mettra douze ans à retirer cet article totalement erroné. La pandémie de Covid-19 sera également une période difficile pour le journal.

Le 27 février 2020, il publie une lettre de 27 scientifiques dénonçant comme complotiste la théorie selon laquelle l’épidémie aurait été provoqué par un accident au laboratoire de Wuhan en Chine : il sera révélé ultérieurement que presque tous les auteurs étaient en lien avec ce laboratoire et cette théorie est désormais prise très au sérieux par la communauté scientifique. Le 22 mai 2020, le journal publie une étude censée prouver l’absence d’efficacité de l’hydroxychloroquine (HCQ) pour traiter la Covid-19 : l’article devra être retiré au bout de seulement deux semaines, plusieurs des données de l’étude étant fausses. Une affaire qui restera sous le nom de « Lancet Gate ».

Un positionnement radicalement pacifiste

Dès sa création, The Lancet n’a pas hésité à adopter des positions militantes, souvent résolument à gauche. Son créateur Thomas Wakley, qui fut député à la Chambre des communes de 1835 à 1852, utilisera ainsi son hebdomadaire pour mener ses combats contre les châtiments corporels dans l’armée et la discrimination contre les catholiques ou pour le suffrage universel. Un engagement politique que The Lancet n’a jamais renié. Le journal médical britannique s’est notamment engagé pour l’interdiction du tabac en 2003 et contre l’homéopathie.

La prestigieuse revue a également de tout temps adopté un positionnement antimilitariste et a notamment obtenu que son propriétaire Elsevier cesse en 2008 d’organiser des conférences sur l’armement (rare cas où c’est le journal qui parvient à faire pression sur son actionnaire et non l’inverse). Ce positionnement sera également l’objet de controverse. Le bilan extrêmement lourd que le journal fait de la guerre en Irak en 2006 (plus de 650 000 morts) est contesté et son positionnement radicalement anti-israélien lors de la guerre de Gaza en 2014 suscite la polémique.

Quelques erreurs et scandales qui ne suffisent évidemment pas à ternir le prestige de ce fleuron de la presse médicale anglo-saxonne, qui aura été depuis 1979 la source d’un nombre innombrables d’articles publiés dans le JIM. En espérant que The Lancet consacrera un article aux deux cents ans du JIM en 2179.

Quentin Haroche

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