Qui, malgré ses gros yeux, n’a pas su voir venir un sombre avenir ?

Londres, le samedi 30 mars 2013 – Sans être l’objet de fantasmes aussi nombreux que l'anéantissement des dinosaures, les raisons qui ont présidé à la disparition de l’homme de Neandertal demeurent à bien des égards un mystère. A-t-il été victime du premier génocide de l’histoire perpétré par un Homo sapiens pas très sage ? Ou a-t-il perdu la maîtrise de son espace vital ? Et si cette seconde hypothèse est privilégiée, comment expliquer que l’homme de Neandertal se soit révélé perdant ?

Qui verra… ne vivra pas forcément !

Des chercheurs de l’Université d’Oxford et du Muséum national d’histoire naturelle de Londres suggèrent une explication dans une étude récemment publiée dans les Proceedings of the Royal Society Biological Sciences. L’équipe d’Eiluned Pearce a comparé les crânes de 25 néandertaliens et de 39 homo sapiens (remontant entre 27 000 et 200 000 ans). Première constatation : le volume intérieur et la largeur des crânes sont similaires. La différence principale réside dans la taille des cortex visuels. Neandertal présentait en effet des orbites bien plus grandes et un cortex visuel plus développé qu’Homo sapiens. Rien d’étonnant pour des hommes venus de latitudes où la lumière était moins éclatante que dans l’Afrique d’Homo sapiens. Mais pour les chercheurs, l’importance prise par ces capacités visuelles l'a peut-être été au détriment d’autres fonction cognitives. « Cela peut signifier qu’ils avaient de plus petites zones du cerveau associés au traitement de la complexité sociale », avancent les auteurs.

Rien ne sert de crâner…

Destiné à vivre dans des communautés restreintes en raison de ce handicap social Neandertal aurait alors été moins bien armé pour faire face aux périodes de pénurie (incapable qu’il aurait été de compter sur une tribu bien fournie). Neandertal également été plus vulnérable aux variations démographiques. Bref, les gros yeux de Neandertal pourraient l’avoir conduit à sa perte. « Si les Néandertaliens avaient de plus petits groupes sociaux, cela aurait pu conduire à leur extinction de multiples manières » résume Eiluned Pearce. Le raisonnement ne convainc cependant pas tous les spécialistes de l’évolution et sur le site Hominidés.com, on s’interroge sur le caractère trop « spéculatif » d’une telle étude.

… il faut courir à point !

Les auteurs de ce site consacré à l’évolution seront-ils plus séduits par une autre théorie défendue par une étude également récente publiée dans le Journal of Human Evolution selon laquelle Neandertal a couru à sa perte pour ne pas avoir su courir après les lapins ? C’est l’équipe de John Fa du Durrell Wildlife Conservation Trust à Trinity (Grande-Bretagne) qui développe cette hypothèse. En retraçant l’évolution de la biomasse et du poids moyen des grands mammifères dans le sud de la France et dans la péninsule ibérique entre la fin du Moustérien et du Mésolithique, John Fa et coll. en ont déduit que les grands mammifères se sont considérablement raréfiés il y a 30 000 ans. Or mammouths et cerfs constituaient les mets de choix de l’homme de Neandertal. Que restait-il alors à se mettre sous la dent ? Des lapins, répond l’équipe de John Fa qui ont observé que les restes de cet animal ont commencé à pulluler il y a 30 000 ans, soit après la disparition de Neandertal. De là à suggérer que Neandertal n’a pas survécu parce qu’il s’est révélé incapable de chasser le civet, il y avait peut-être plus qu’un pas mais John Fa n’a pas hésité à le franchir !

L’homme de Neandertal gêné par le coup du lapin ?

Pas sûr que cette théorie du lapin fasse plus l’unanimité que celle du cortex visuel sur-développé. La réponse comme toujours viendra peut-être de la génétique. Or, une équipe allemande de l’Institut Max Plank a récemment réalisé une avancée de taille en la matière en publiant le premier séquençage complet du génome de Neandertal.

Aurélie Haroche

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