Qui n’a pas peur de se battre contre des moulins à vent ?

Madrid, le samedi 17 mai 2014 – Impossible pour les nombreux admirateurs de Miguel de Cervantès de se recueillir sur sa tombe, à la manière d’un amoureux de Shakespeare déclamant Hamlet à l’Eglise Holy Trinity de Stratford-upon-Avon ou d’un passionné de Victor Hugo déposant un bouquet de bruyère en fleurs au Panthéon. A la différence des poètes britannique et français, au moment de sa mort, en avril 1616, Miguel de Cervantès n’était connu de personne. Aussi ne lui a-t-on pas donné de sépulture particulière et les restes du grand écrivain, probablement enterrés au sein de la petite église des Trinitaires à Madrid qui siège au cœur du quartier des Lettres, se confondent désormais avec ceux d’une quinzaine d’autres défunts. Près de quatre-cent ans après sa mort, l’Espagne a aujourd’hui décidé de rendre au grand homme l’hommage post mortem que mérite sa renommée. Aussi, il y a quinze jours, une équipe de chercheurs a-t-elle entrepris à l’aide d’un géo radar de rechercher les restes de Miguel de Cervantès au sein de l’église. « Nous avons délimité une zone de recherches. Il semble logique que s’il a été enterré ici, ça ait été dans l’entresol de l’église » précise l’anthropologue légiste, Francisco Etxeberria qui conduit les recherches.

Le manchot de Lépante

Si des ossements sont retrouvés, une analyse ADN ne permettra cependant pas de confirmer s’ils sont bien ceux de Miguel de Cervantès. En effet, la seule descendance connue de l’écrivain est issue de son frère. Or « après douze générations, elle ne pourrait avoir qu’un minimum d’ADN en commun avec Cervantès » précisent les chercheurs. Impossible en effet comme c’est parfois le cas dans ce type de recherches, de faire parler l’infaillible ADN mitochondrial.

Cependant, les anthropologues ont l’intention d’utiliser d’autres méthodes. Ils souhaitent s’appuyer sur des caractéristiques physiques spécifiques pour identifier l’homme et notamment sa très célèbre blessure à la main, lors de la bataille de Lépante, qui lui avait valu le surnom de « manchot de Lépante ». « Cervantès lui-même se définissait comme ayant le dos voûté, il souffrait probablement d'arthrose, avec un nez busqué et, peu avant sa mort, il se décrivait comme n'ayant que six dents dans sa bouche. Nous cherchons donc un homme, d'environ 70 ans, à qui il manque beaucoup de dents et avec de l'arthrose dans le dos » ajoute Francisco Etxeberria. Si les restes de Cervantès étaient effectivement identifiés, ils ne devraient pas quitter la petite église des Trinitaires, mais quatre cent ans après la mort de l’auteur de Don Quichotte, une plaque indiquerait qu’il y repose.

Et que les hommes continuent toujours à se battre contre des moulins à vent.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Les moulins ne sont pas ceux que l'on croit

    Le 18 mai 2014

    La métaphore des moulins de Don Quichotte ne peut être bien comprise que par ceux qui ont observé que, dans la plaine de la Mancha, les moulins sont ... tout petits. Il est donc possible des les abattre avec une monture idoine, une lance solide et un grain de folie (ou d'ambition ?).
    C'est ce que raconte Upton Sinclair, auteur américain extrêmement intéressant dans un de ses romans.
    A méditer donc !

    Thierry Wattelle

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