Qui ne veut pas être traité de vieille folle ?

Paris, le samedi 24 juin 2023 - Deux EHPAD de la région parisienne ont reçu un nouveau label décerné par l'association Grey Pride qui atteste des bonnes pratiques envers leurs pensionnaires LGBT. Il est le fruit, pour ces établissements, d'une année de transformation.

L’idée de l’association Grey Pride : si aller en Ehpad n'est jamais chose facile, cela soulève encore davantage de questions pour les homosexuels. Le président de cette association Sylvain Guyot rapporte ainsi à radio-France que les personnes âgées LGBT sont inquiètes et « disent 'on va me dire que je suis la vieille tata, la vieille lesbienne ou la vieille folle' ou 'mon copain ne pourra plus venir me voir' ».

Jean Cocteau et Jean Marais à la rescousse

Au-delà de l’accueil bienveillant des personnes homosexuelles, le label "GreyPride Bienvenue" vise également à lever les tabous sur l'homosexualité dans les Ehpad, où le sujet demeure sensible. Il peut y avoir en effet des blocages chez les autres résidents, les mentalités étant souvent marquées par des époques moins ouvertes. Du côté des personnels, certaines aides-soignantes ont encore du mal à prononcer le mot « homosexualité » : « C'est un mot tabou », déclare l'une d'elle, « même pour nous, les personnels. Il sort difficilement. La plupart des gens ici [les personnels, NDLR] sont d'origine africaine, et là-bas, l'homosexualité c'est encore tabou de chez tabou. ». Pour les soignants, le label permet ainsi d’avoir accès une formation rapide de sensibilisation à la vie affective homosexuelle, à l'homophobie, au VIH chez les personnes âgées, etc.

Tout au long de l’année, le personnel est également invité à s’appuyer sur des « outils » de communication sélectionnés par l’association, pour faire passer le message aux résidents par le biais, par exemple, de diners-débats qui abordent le sujet à travers la vie d’artistes comme Jean Cocteau et Jean Marais. Dans le journal 20 minutes, un pensionnaire hétérosexuel, Aimé, un Vendéen de confession catholique, témoigne : « Avant j’aurais évité de rencontrer ces gens, je me serais écarté. Aujourd’hui si une aide soignante est gouine, je ne l’embêterai pas et je discuterai avec elle sans problème » (sic).

« Tout sauf un ghetto »

Le rôle de Grey Pride est plus largement un travail sur la sexualité, qui vise à faire comprendre qu’on peut avoir des amours et des pulsions même quand on atteint le grand âge. « Quand on ampute les gens de leur sexualité, on les met dans la case objet de soin, or nous avons des aspirations et des désirs », plaide Francis Carrier de l’association Grey Pride.

A Lyon il existe un autre projet, initié par l’association Les audacieuses et les audacieux, qui ne verra pas le jour avant 2024. Il s’agira dans ce cas d’un habitat communautaire, quand la démarche de Grey Pride prône, elle, la mixité hétérosexuels-homosexuels.  « Même si on est gay ou lesbienne, on a vécu avec des personnes hétérosexuelles. Mon idée n’est pas de nous réduire à notre orientation sexuelle, on continue à vivre dans le monde tel qu’il est » commente Francis Carrier.

L’initiative lyonnaise fait davantage question mais ses initiateurs se défendent de tout « communautarisme ».  Stéphane Sauvé, le fondateur de l’association Les audacieuses et les audacieux explique au journal Le Monde : « C’est tout sauf un ghetto. Ce n’est pas un habitat réservé. Le principe est celui d’une minorité inclusive qui peut accueillir la norme majoritaire ».

Sortir ou ne pas sortir du gayto telle est la question.

F.H.

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