Qui va droit au but ?

Rome, le samedi 2 mai 2020 – L’un des leitmotivs de la crise actuelle consiste à rappeler combien les professions les plus indispensables ne sont sans doute pas celles qui sont habituellement mises en avant par les médias et celles qui bénéficient des plus hautes rémunérations. Dans cette remise en perspective, les footballeurs ont souvent été pris comme contre-exemple : leurs salaires parfois pharaoniques apparaissant décalés par rapport à ceux des personnels de santé qui aujourd’hui affrontent l’épidémie. Pour la plupart, les stars du ballon rond ont sans difficulté convenu que leur talent se révélait bien dérisoire actuellement et ils ont été nombreux à manifester leur soutien aux équipes soignantes.

Passion sans souffrance

Pourtant, au-delà de l’étonnement que ne peut manquer de susciter les rémunérations perçues par certains sportifs (qui ne relèvent que de la loi de l’offre et la demande), le football est dans de nombreux pays un élément fédérateur dont l’importance ne devrait pas être trop vite négligée et méprisée. Dans les temps troublés comme dans les moments plus sereins, il offre une échappatoire à des populations tourmentées par le chômage, la perte de sens et les bouleversements en tous genres. Il peut être l’objet d’une passion sans réelle souffrance. Par ailleurs, beaucoup l’ont déjà dit, il est capable de cimenter des sociétés tiraillées par les inégalités financières et sociales, même s’il s’agit d’une union parfois artificielle.

Qui est numéro 10 ?

Le ballon rond a ainsi depuis toujours ce pouvoir en Italie. Un symbole fort l’a mis en évidence ces dernières semaines. Des médecins et des infirmiers (le plus souvent des hommes mais parfois aussi des femmes) ont inscrit sur leur blouse le nom et le numéro de leur joueur de football préféré. C’est ainsi que l’on a vu fleurir sur les réseaux sociaux des images de professionnels de santé vus de dos et dont les blouses étaient rebaptisées : « Daniele de Rossi », « Francesco Acerbi » ou encore « Kalidou Koulibaly ». Un infirmier explique concernant ce dernier choix que le joueur de Naples est un défenseur indémontable et que de la même manière il serait intraitable vis-à-vis du virus.

Un imaginaire réconfortant

Cet écho au monde du football révèle que les professionnels de santé italiens se rêvent plus en as du ballon rond qu’en soldats. On pourrait en déduire quelques leçons sur leur refus d’être sacrifié comme de la chair à canon et leur volonté au contraire de pouvoir triompher comme leur héros. Il rappelle également combien cet imaginaire du football dont la futilité en cette période de crise a parfois été dénoncée n’est pourtant pas totalement superflue pour soutenir ceux qui en ont le plus besoin.

Face à ces initiatives, les joueurs de football concernés ont souvent fait part de leur émotion, voire de leur gêne. La radio RTBF suggère que lorsqu’ils pourront reprendre le chemin des stades les footballeurs arborent à leur tour les noms des médecins morts pendant l’épidémie de coronavirus. Une façon d’éviter que les héros d’aujourd’hui soient demain sur la touche.

Aurélie Haroche

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