Circulation du SARS-CoV-2 : le nombre de tests positifs quotidiens est un mauvais critère

Le nombre quotidien de nouveaux cas positifs de la Covid-19 (tests RT-PCR et tests antigéniques) témoigne de la circulation du virus SARS-CoV-2. C’est l’indicateur principal et très médiatisé utilisé par le gouvernement pour moduler la stratégie de lutte contre la Covid 19. Je souhaite montrer que cet indicateur n’est pas fiable. Pour pouvoir comparer les chiffres entre eux, il faudrait que le nombre de test réalisés soit le même chaque jour.

Le 29 décembre, près de 12 000 nouveaux cas de contamination (tests positifs) ont été enregistrés en 24 heures, un nombre largement au-dessus de l’objectif de 5 000 fixé comme un des critères pour lever le confinement.

Entre le 4 et le 29 décembre 2020 (Données SPF-Base Si-DEP), le nombre de nouveaux tests positifs quotidiens (moyennes sur 7 jours glissants) a fluctué entre 9512 (le 26/12) et 18 311 (le 22/12), la moyenne s’établissant à près de 10 000 par jour. On ne peut en fait comparer ces chiffres entre eux car le nombre de tests réalisés n’est pas constant. Il a été au maximum pendant cette période de 504 313 (le 24/12) et à un minimum de 165 418 (le 4/12), avec une moyenne d'environ 380 000 tests réalisés par jour (hors dimanche où les chiffres sont normalement plus bas).

Le pourcentage de tests positifs est le bon indicateur, car il permet les comparaisons.

En présentant les résultats sous forme des pourcentages de tests positifs, les données sont ainsi présentées : entre le 4 et le 29 décembre, la proportion de tests positifs parmi l’ensemble des tests réalisés par jour a fluctué entre 2,9 % (le 29/12) et 6,2 % (le 4/12), la moyenne s’établissant à 3,9 % par jour. Rappelons que ce pourcentage était de 15,3 % le 3 novembre.

Les pourcentages, eux, peuvent être comparés et sont plus fiables que le nombre de tests positifs. Ils ne cessent de baisser depuis novembre passant de 15,3 % à 2,9 % le 29 décembre. Pourquoi ne pas communiquer sur ces données très positives ?

Pour montrer l’absence de fiabilité de l’indicateur « nombre de cas positifs quotidiens », il suffit, par une simple opération mathématique, avec les chiffres disponibles, de calculer les résultats si le nombre de tests quotidien avait été constant, par exemple de 100 000 par jour ou de 300 000 par jour. Avec 100 000 tests par jour, le confinement aurait été levé car la moyenne sur les 4 derniers jours aurait été de 3000 cas positifs ; avec 300 000 tests par jour, on aurait eu près de 9000 cas positifs par jour.

Les résultats des campagnes de dépistage qui ont été faites dans 4 villes et agglomérations françaises, ont été un véritable échec ; s’il y avait eu un dépistage massif, il y aurait eu naturellement un nombre de test positifs très augmenté ce qui aurait encore plus élevé le nombre de test positifs et donc la communication du gouvernement en faveur d’un renforcement de la lutte.

Une ineptie épidémiologique

J’aimerais savoir qui a fixé ce seuil de 5000 pour éventuellement lever le confinement ; en terme épidémiologique c’est une ineptie car le nombre de tests faits par jour varie. Après les fêtes de fin d’année, il faut s’attendre à une diminution du nombre de sujets souhaitant se faire dépister. Il va y avoir naturellement une baisse du nombre de tests quotidiens positifs.

En conclusion, le seuil de « 5000 » semble être un outil politique qui permet au gouvernement de justifier ses choix. Il suffit pour lui de promouvoir des dépistages massifs pour maintenir ce seuil au-dessus de 5000.

J’ai été étonné qu’il n’y ait eu aucune discussion ou critique par les médias et les « experts scientifiques » sur la fiabilité de ce seuil.
 
Pour moi, deux indicateurs principaux permettent de suivre l’évolution de l’épidémie (circulation du virus) : le pourcentage de tests positifs et le nombre quotidien de cas de malades. Les données fournies par les hôpitaux (Saturation de la réanimation; pourcentage de lits occupés par les malades de la Covid 19), le nombre de décès (milieu hospitalier, EHPADs, domiciles) montrent l’impact de cette circulation du virus. C’est tout cela qui doit être pris en compte pour moduler la stratégie de lutte contre l’épidémie.

Pr Dominique Baudon, Professeur du Val-de-Grâce en épidémiologie et santé publique, biologiste des Hôpitaux

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Vos réactions (24)

  • Consternation partagée

    Le 08 janvier 2021

    Consternation partagée sur ce seuil de 5000 tests positifs, consternation renforcée par la fiabilité toute relative des-dits tests en positivité. A quand l'indication nécessaire du nombre de cycles T indiqués sur les résultats pour pouvoir ajuster au mieux notre clinique avec ce test. Et donc oui je partage tristement ce sentiment :
    En conclusion, le seuil de « 5000 » semble être un outil politique qui permet au gouvernement de justifier ses choix. Il suffit pour lui de promouvoir des dépistages massifs pour maintenir ce seuil au-dessus de 5000.

    J’ai été étonné qu’il n’y ait eu aucune discussion ou critique par les médias et les « experts scientifiques » sur la fiabilité de ce seuil.

    Dr Jean Jacques Coulon (médecin généraliste)

  • Conclusion très explicite et partagée

    Le 08 janvier 2021

    Merci pour cette belle démonstration, qui n'est malheureusement pas celle qu'on entend de la part de tous les "experts médiatiques" et pourtant la conclusion exprimée dans cet article est la plus logique qui soit et on ne peut qu'y adhérer. C'est également la conclusion à laquelle je suis arrivée peu de temps après les débuts des tests.

    Béatrice Margalef (IDE)

  • Peur et mensonge ?

    Le 08 janvier 2021

    Merci à D Baudon de son analyse lucide et argumentée hélas réservée à un public restreint. Oui, le bon sens et ce qu'on apprend des fractions et des % dés le primaire auraient du être pris en compte par nos élites politiques et administratives et au moins être discutés par nos grands médias. Non, cela n'a pas été vraiment fait.

    Je n'accepte pas l'idée que tous ces décideurs ne se soient pas posé la même question que nous. Donc, pourquoi travestissent ils des données épidémiologiques essentielles à une action basée sur la réalité médicale? Pourquoi ont ils menti pour les masques puis pour les tests? Pourquoi ont ils semé le désordre dans le dépistage en l'ouvrant à tous cet été et dans les débuts de la vaccination ces derniers jours ?

    Ma réponse, peut-être excessive, paranoïaque, est que la lourdeur administrative, le centralisme et le principe de précaution à la française qui envahissent sournoisement le domaine de la santé depuis 30 ans ont introduit la peur de l'erreur et des procédures judiciaires chez nos décideurs politiques et administratifs (mais pas seulement).

    Dire la vérité, expliquer clairement, faire part des incertitudes nécessite d'écouter et d'analyser les faits avant de décider ce qui en période de crise demande un peu de courage, d'audace et de confiance dans l'intelligence et la maturité de nos concitoyens. Hélas, cela ne semble pas pris en compte dans la sélection et la formation des élites "d'allure un peu clonale" qui gèrent notre santé au moindre coût possible.

    Espérons que cette épidémie leur/nous serve à recoller au réel, à régénérer nos chaines de décision et à reconsidérer les rapports un peu despotiques des citoyens avec leurs représentants pour les adapter à une démocratie moderne et riche.

    Dr Vincent Praloran

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