Suspension du vaccin AstraZeneca : suivisme dangereux et coupable ?

Par le Pr François Chast*

En matière de santé, l’évaluation du risque est constante. Faut-il traiter une maladie ? Faut-il réaliser un examen invasif ? Faut-il opérer un malade ? Quel bénéfice le malade peut-il en espérer ? Quel risque lui fait-on courir ? Pour la vaccination, l’approche du rapport bénéfice / risque est singulièrement différente puisque le risque et le bénéfice doivent être évalués nous seulement pour le patient vacciné, mais aussi pour la population générale.

Avec la vaccination contre la Covid-19, inespérée il y a encore quelques mois, les observateurs scientifiques, immunologistes, pharmacologues ont été impressionnés par la hardiesse des paris scientifiques et la qualité des résultats obtenus. Mais le grand problème des vaccins, comme celui des contraceptifs oraux, est qu’il s’agit de médicaments administrés à des « bien portants » au sens « non-knockien » du terme : ils ne sont vraiment pas malades…

Et toujours ces lancinantes questions : Quel bénéfice ? Quel risque ?

L’intérêt de la pharmacovigilance post-AMM, est qu’elle intervient dans la vraie vie, quand le médicament est déjà commercialisé. Il fait alors l'objet d'une surveillance étroite visant à dépister des effets indésirables « rares » ou des contre-indications « marginales ». Dans le cas des vaccins contre la Covid-19, les essais qui ont précédé l’AMM ont été assez spectaculaires puisque chacun d’entre eux a enrôlé plusieurs dizaines de milliers de patients. Or, pour spectaculaires qu’ils aient été, ces essais, comme aucun autre, n’ont été suffisants pour détecter des effets indésirables rares. En effet, s’il faut inclure 300 malades pour détecter un risque de 1%, quand cet effet n’intervient que dans un cas pour 5 000, il faut alors inclure 150 000 malades : ce qui est pratiquement impossible ! C’est l’intérêt du suivi de pharmacovigilance qui a été mis en place en France. Ce suivi porte à ce jour sur plus de 5,2 millions d’injections vaccinales, dont 4 566 000 avec le vaccin Pfizer et 454 000 avec le vaccin AstraZeneca.



Vaccin Pfizer Vaccin AstraZeneca
Effets cardiovasculaires 26 février - 4 mars   
Depuis le 27 décembre 26 février - 4 mars   
Depuis le 6 février
Cardiomyopathie de stress 1 1
0

Maladie coronaire 8 35

Troubles du rythme cardiaque 47 232 1
4
Insuffisance cardiaque 10 53

Myocardite    
0 4
   
AVC
9 72
1
2
Embolie pulmonaire
8 24    
Maladie hémorragique
9 57
   
Ischémie des membres
2 10
   
Thrombopénie
4 8   0   2
Thrombose veineuse profonde
10 31    
Myopéricardite   
0   1   1

Concrètement, 943 000 vaccinations ont été réalisées dans la semaine du 26 février au 4 mars, ayant donné lieu à : 108 notifications d’effets indésirables liées à un effet cardiaque ou vasculaire avec le vaccin Pfizer ; 3 seulement avec le Vaccin AstraZeneca. Manifestement, Il n’y a pas, en France, de « balance défavorable » pour le vaccin AstraZeneca…Surtout si l’on garde en mémoire qu’il y a, en France, chaque semaine, 3000 décès liés à une cause « cardiaque » ou « vasculaire ».

Si le gouvernement Français dispose d’autres éléments pour étayer sa décision de suspension de ce vaccin, la communauté scientifique est à l’écoute. Sinon il s’agit d’un suivisme dangereux et coupable qui ne pourra que compliquer la tâche des soignants et aggraver les statistiques de morbidité et mortalité de la Covid-19.


* Président honoraire de l’Académie nationale de pharmacie
Coprésident du Comité Opérationnel Qualité, Vigilances, Gestion des Risques Associés aux Soins, Relations avec les Usagers (Hôpital Necker - Enfants Malades)


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Vos réactions (2)

  • Astra Z : l'EMA serait elle allée un peu vite en besogne ?

    Le 20 mars 2021

    Alors que l'EMA ne livre ses conclusions, le Pr Holme de Oslo publiait celles résultant de sa propre étude : « Ces résultats soutiennent l’hypothèse, que nous avions avancée plus tôt, selon laquelle ces patients ont développé une forte réponse immunitaire, ce qui a conduit à la formation d’anticorps, qui peuvent affecter les plaquettes et ainsi provoquer un thrombus ».
    Alors, s'agissant de notre fameux rapport efficacité/risques et compte-tenu que nous avons désormais à disposition 3 vaccins (celui de J&J devrait être homologué incessamment), il faudrait peut-être encore faire preuve de prudence !...et creuser l'hypothèse pour le moins très intéressante du suédois.

    Alain Cros, pharmacien industriel

  • Ce qui inquiète ce sont les cas de CIVD

    Le 24 mars 2021

    A la lecture de cet article , même si je ne remets pas en doute le rapport bénéfice risque des vaccins anti COVID , je dois noter que le tableau publié dans l'article compare, du moins en France, 2 populations non appariées et très différentes :

    - D'une part avec les vaccins à ARN une population beaucoup plus âgée, souvent en epahd à fort risque spontané de complications cardiovasculaire.

    - D'autre part une population, en partie non négligeable, moins âgée voir jeune dans le cadre de la vaccination du personnel de santé.
    Je ne suis qu'un praticien de ville mais il me semble avoir compris que, plus que les accidents thromboemboliques, généralement attendus dans la population générale, ce qui inquiète ce sont les cas de CIVD.

    Dr Caroline Chauvin-Gauffenic

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