Tiers payant intégral pourquoi pas ! Obligatoire surtout pas !

Paris, le samedi 7 mai 2022 – Dans la fièvre de l’entre deux tours, le Dr François Braun, référent santé du président candidat, laissait filtrer une promesse inattendue chère aux électeurs de gauche : le prochain quinquennat pourrait être celui de la généralisation d’un tiers payant intégral et obligatoire. Or, on le sait, les syndicats de médecins libéraux ont vivement combattu, durant la présidence de François Hollande, la mise en place de ce dispositif. Aujourd’hui ils enfourchent à nouveau ce cheval de bataille…Dans cette tribune, le Dr Franck Devulder, fraîchement élu président de la CSMF livre ainsi la position du premier syndicat de médecins libéraux de France.

Par le Dr Franck Devulder, président de la CSMF (Confédération des syndicats médicaux français)

En 2015, Marisol Touraine, alors Ministre de la Santé, faisait descendre massivement les médecins dans la rue contre son projet de loi visant à généraliser le tiers payant. Cette opposition reposait sur la crainte justifiée d’un surcroît de travail administratif, d’un retard de paiement, mais aussi une perte de notre indépendance. Il a fallu attendre l’arrivée d’Agnès Buzyn pour que le tiers payant généralisé obligatoire soit enterré.

Très récemment, le Président de la République a proposé pendant sa campagne électorale, entre les deux tours de la présidentielle, d’instaurer un tiers payant intégral. Quelle est notre analyse et que proposons-nous ?

Le médecin doit rester maître de  la dispense d’avance de frais

Comme en 2015, et pour des raisons similaires d’indépendance, nous sommes opposés à cette mesure si elle revêtait un caractère obligatoire. La dispense d’avances de frais que procure le tiers payant est déjà assurée pour tous les patients relevant de la complémentaire santé solidaire et de la protection universelle maladie. Elle est aussi largement utilisée pour les patients en affection longue durée. Mais, au-delà de ces situations particulières,  nombreux sont les patients pour lesquels leur médecin pratique ce que l'on pourrait dénommer un tiers payant social.

Cela doit être salué mais le médecin doit rester maître de ce dispositif de dispenses d’avances de frais.

Une proposition contraire à l’éthique de la médecine libérale

Si la CSMF reste opposée au caractère obligatoire d’un tiers payant intégral contraire à notre éthique de médecin libéral soucieux de préserver son indépendance et la gestion des données, nous sommes en revanche favorables à la mise en œuvre d’un dispositif indépendant de dispense de frais. Ce dispositif doit cependant être simple, en particulier sur la part complémentaire. Tout doit être aujourd’hui mis en œuvre pour faciliter la vie des médecins afin de leur permettre de se concentrer sur leur activité de soins.

Des dispositifs simples d’avance de frais, facultatifs, respectueux de notre indépendance professionnelle, vérifiant d’un simple clic les droits des usagers tant pour la part obligatoire que la part complémentaire doivent en revanche être encouragés.

Faisons alors confiance aux médecins pour se les approprier dans un souci d’amélioration de leur exercice professionnel.

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Vos réactions (1)

  • Les pharmaciens, il y a 40 ans....

    Le 08 mai 2022

    ...ont connu le même débat.La Mutualité exigeait le tiers payant en prétendant qu'ainsi les gens qui ne pouvaient se soigner et finissaient à la charge de l'Hopital, bien plus couteux, allaient au final couter moins cher. Les Pharmaciens, qui voyaient la mentalité de l’époque de très prés -"(on paye, on y'a droit)"-,se mefiaient.En 1981, victoire de la Gauche, et attaque de la Mutualite sur nos syndicats :"si vous ne faites pas le tiers payant, on ouvrira des pharmacies mutualistes partout" .Donc il y a eu beaucoup de departements qui ont signé.
    Le dernier à avoir résisté (les pharmaciens faisaient payer par cheque et les encaissaient 15 jours après le remboursement Secu),le département du Rhone,finira par le faire, et on constata qu"entre mars 1990 (je crois) et mars 1991, les dépenses de pharmacie dans le departement avaient augmenté de 30% !!! (bien évidemment,pas un mot là dessus dans la presse). Quand aux autres départements, les pharmaciens qui refusaient de faire le tiers payant virent leur clientèle evoluer d'une façon telle qu'ils changerent rapidement de stratégie commerciale.Il en sera sans doute de même chez les médecins.Rappelez vous que " à l'hopital ,on paye pas "....et les urgences sont rapidement débordées par des cas bénins ne relevant pas de l'urgence. Avec la baisse du pouvoir d'achat,il faut s'attendre à ce que les jeunes les premiers, choisissent les médecins "où on paye pas".

    Maignan (Pharmacien)

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