Un appel pour tester l’efficacité du Protocole de Cordoue

Par le docteur Bernard Morre (généraliste retraité)

Les bénéfices d’une supplémentation en vitamine D pour prévenir le développement de formes graves de Covid-19 sont discutés depuis plusieurs mois. Si des travaux observationnels ont suggéré des niveaux de carence en vitamine D plus importants chez les personnes infectées par SARS-CoV-2 (Association of Vitamin D Status and Other Clinical Characteristics With COVID-19 Test Results, JAMA, septembre), d’autres ne retrouvent pas d’effet d’une supplémentation en vitamine D3 sur la durée de séjour des patients atteints de Covid (Effect of a Single High Dose of Vitamin D3 on Hospital Length of Stay in Patients With Moderate to Severe COVID-19, JAMA, février2021). Ces incertitudes n’ont pas empêché soixante-treize experts francophones de plaider en janvier dans la Revue du praticien pour une supplémentation en population générale, quelques mois après une recommandation similaire de l’Académie de médecine. « Notre tribune ne fait que rappeler une consigne déjà ancienne de bonne pratique médicale. La majorité des Français manque de vitamine D, au regard des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé.  Nous suggérons de rétablir ce déficit. Nous souhaitons remettre ces consignes dans le contexte actuel, d’autant que des études montrent une corrélation positive entre un statut satisfaisant en vitamine D et une moindre gravité du Covid-19 » expliquait dans Le Monde le professeur Cédric Annweiler, chef du service de gériatrie au CHU d’Angers et co-initiateur de la tribune.

Aujourd’hui, le Dr Bernard Morre nous invite à signaler aux lecteurs du JIM une expérience intéressante conduite à l’hôpital Reina Sofia de Cordoue en Espagne, afin d’enrichir la réflexion sur ce sujet. Il suggère pour finir de lancer en urgence une étude de l’efficacité de ce protocole de Cordoue.  


Des médecins de l'hôpital universitaire Reina Sophia de Cordoba (Espagne) ont publié au mois d'août 2020 une étude remarquable sur l'efficacité d'un métabolite directement actif de la vitamine D, le calcifédiol, en prescription précoce dès l'entrée à l'hôpital. La première signataire est une jeune femme médecin Marta Entrenas-Castillo. Elle et ses collègues ont enrôlé 76 malades d'âge moyen 53 ans (+/- 10 ans) ayant une PCR positive au SRAS-CoV-2. Lors de l'hospitalisation, après randomisation, 26 patients du groupe témoin ont reçu le meilleur traitement de l'époque (hydroxychloroquine et azithromycine) sans supplémentation en calcifédiol (25-hydroxyvitamine D₃, ou 25-OHD3), 50 autres patients ont reçu le même traitement et des supplémentations en doses conséquentes de calcifédiol. A J1, 532 µg de 25-OHD3, sensiblement "l'équivalent" de 21 300 unités internationales de vitamine D3 puis seulement 266 µg à J3 et J7. La publication ne fait pas état d'une surveillance particulière ni du calcium ni du phosphore.

Moins de passages en réanimation dans le groupe supplémenté

Résultats : très peu de patients supplémentés passeront en unité de soins intensifs.

Aucun décès chez les patients supplémentés contre 2 dans le groupe témoin (7,7%). Le risque du groupe supplémenté d'entrer en "réanimation" est de 2 % contre 50 % pour les non-supplémentés. Pour tenir compte en analyse multivariée d'un excès de malades atteints de pathologie à risque, hypertension et diabète TII, dans le groupe témoin, les odds ratio ajustés du risque de rentrer en soins intensifs se chiffrent alors à 0,03 (CI 95% : 0,003-0,25). En clair, pour les patients d'âge mûr supplémentés en métabolite actif de la vitamine D, le risque moyen de nécessiter un séjour en soins intensifs n'est que de 3 %. Le rapport de risque de décès n'est pas chiffré mais très faible puisque dans ce petit effectif il n'y a eu aucun décès dans le groupe supplémenté.

L'équipe espagnole conclut que le calcifédiol, ce métabolite bien assimilé et directement actif de la D3, en améliorant l'intégrité épithéliale et bronchique, en régularisant à la baisse des cytokines pro-inflammatoires et en augmentant l'enzyme de conversion II (ACE2) améliore nettement la résistance de l'organisme. Ce qui explique bien le résultat obtenu. Bien sûr, cette petite étude pilote mérite d'être confirmée à plus grande échelle.

Cet essai clinique randomisé entre le mois de sa publication août 2020 et la mi-mars 2021 a déjà été cité 66 fois dans la grande bibliothèque "PMC" de médecine et de santé publique états-unienne. A la même période la communication a été partagée, commentée ou likée plus de 47 000 fois. Vu cet engouement on peut suggérer de désigner cette potentialisation vitaminique du traitement de la covid sous le nom de "Protocole de Cordoue".

Qu'en dire du côté français des Pyrénées ?

En janvier 2021, plus de 70 médecins hospitaliers français avaient solennellement appelé à renforcer les apports de vitamine D3 dans la population générale. En ce printemps 2021 où la France manque cruellement de lits de soins intensifs pourquoi ne pas lancer, en urgence, une vérification de l'activité et de la tolérance de ce dérivé bon marché de la vitamine D3 ? Le "Protocole de Cordoue" pourrait aussi être aménagé et testé pour les sujets contacts de l'application "Tous Anticovid".

Référence
Entrenas-Castillo M, Entrenas Costa LM, Vaquero Barrios JM, Alcalá Díaz JF, López Miranda J, Bouillon R, Quesada Gomez JM. "Effect of calcifediol treatment and best available therapy versus best available therapy on intensive care unit admission and mortality among patients hospitalized for COVID-19: A pilot randomized clinical study". J Steroid Biochem Mol Biol. 2020 Oct; 203:105751. doi: 10.1016/j.jsbmb.2020.105751. Epub 2020 Aug 29. PMID: 32871238; PMCID: PMC7456194

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Vos réactions (10)

  • Aveuglement

    Le 27 mars 2021

    La sottise du Ministère de la Santé et de l'Agence du Médicament (quels que soient ses noms successifs) est de notoriété publique chez les médecins.
    La connaissance des effets extra calciques de la vit D n'est pas nouvelle, non plus que la fréquence de sa carence dans la population.
    Qu'a donc décidé le Ministère dès qu'il a connu ces faits ? Dérembourser le dosage de la vit D !
    Je présume que c'était parce qu'il craignait une augmentation du nombre des dosages. Les bénéfices de la correction des carences a été totalement négligé.
    Encore une économie de bout de chandelle globalement nocive, comme le "mégotage" sur les prix des masques chinois et sur celui des vaccins. Indécrottables !

    Dr Bernard Maroy

  • Tous les essais cliniques ont échoué à démontré son efficacité

    Le 27 mars 2021

    La médicamentation des personnes en bonne santé afin de réduire le risque d'une affection, quelle qu'elle soit : Covid 19, AVC, Coronaropathies, fractures etc. fait partie des grandes mythes de la médecine depuis la fin du 20 ème siècle. On sait que la prévention primaire des accidents cardiovasculaires par l'aspirine généralisée chez les diabétiques ou les personnes à risque cardiovasculaire intermédiaire ou élevé a été un véritable fiasco, malgré cette pratique pendant des décennies; 3 grands essais contrôlés randomisés avec une puissance statistique élevée ont démenti avec un très haut niveau de preuves les études observationnelles ou les petits ECR qui présentaient de nombreux biais méthodologiques. Il en est de même avec la Vitamine D dont la faible concentration plasmatique est associée à de nombreuses maladies chroniques ; tous les essais cliniques ont échoué à démontré son efficacité pour réduire la prévalence ou la gravité de ces maladies, y compris les fractures ostéoporotiques ou les chutes. Les normes utilisées sont arbitraires et ont été déterminées par un groupe d'experts : est considérée comme insuffisant un taux inférieur 30 ng/ml. Il s'agit d'un taux en dessous duquel il y a une sécrétion augmentée de parathormone . Une Métaanalyse de 33 essais contrôlés randomisés incluant 51 145 participants de plus de 65 ans n'a montré aucun bénéfice sur la survenue des fractures chez des personnes de plus de 65 ans.

    Association between calcium or vitamin D supplémentation and fracture incidence in community-dwelling olders adults JG Zhao and all JAMA 2017 : 318 (24): 2466-2482

    Ainsi tous les essais en population générale ont échoué à montrer que la supplémentation en Vitamine D dans les pays industrialisés, chez les adultes, avait un bénéfice clinique y compris pour prévenir les fractures. Mais la croyance en l'efficacité de cette supplémentation est bien enracinée chez les médecins et il fallait s'attendre qu'elle ressorte avec cette pandémie qui a vu un nombre incroyable de médicaments testés avec des essais de qualité inégale, les plus rigoureux s'avérant négatifs.

    L'illusion qui consiste à confondre un marqueur de risque qui est la conséquence et non la cause d'une maladie est omniprésente chez de nombreux collègues. Certains ont recommandé une supplémentation systématique d'une forte dose de 25 hydroxy cholécalciférol encas d'infection par la covid 19; un ECR a démenti cette affirmation fondée uniquement sur des études observationnelles. Mais ça ne suffit pas et nos chers professeurs qui n'ont jamais été formés à l'analyse critique de la littérature médicale continuent à perpétrer cette croyance. Le grand mythe de la médicamentation de la société consiste à croire qu'en administrant en population générale un produit pharmacologique on évitera un grand nombre de maladies ; la Vitamine D qui est en réalité une hormone synthétisée par l'organisme grâce à l'exposition aux UV est indispensable à la vie et est nécessaire pour prévenir le rachitisme chez des personnes qui présentent des taux effondrés (< 10ng/ml). Utilisée à des doses pharmacologiques, comme c'est le cas aussi pour la vitamine C chez des personnes qui présentent un taux simplement "insuffisant" elle n'a non seulement aucune efficacité, mais peu se montrer , notamment chez des personnes déjà polymédiquées , iatrogène. Ainsi depuis ceux qui prônent une administration des statines, d'aspirine en population générale à partir d'un certain âge jusqu'aux promoteurs du protocole de Cordoue, la croyance en la médicamentation généralisée des bien portants reste, malgré tous les démentis bien enracinée chez de nombreux médecins.

    Dr Alain Siary

  • Etude qui mériterait d'être poursuivie en France

    Le 27 mars 2021

    Très intéressante étude qui effectivement mériterait d'être poursuivie en France.
    Mais nos "grands scientifiques" ont décidé que la VtD n'apportait rien dans la Covid. J'ai remarqué aussi que dans les deux bras du protocole il y avait l'association "hydroxychloroquine et azithromycine". Je suis sûr que les médecins de l'hôpital universitaire Reina Sophia de Cordoba ne sont pas des "charlatans". Dommage qu'il n'y ait pas eu un groupe VtD mais sans l'association "hydroxychloroquine et azithromycine" et un dernier groupe sans la VtD ni l'association. Mais si les médecins étaient convaincus de l'efficacité de l'association, éthiquement ils ne pouvait faire un bras sans ce traitement.

    Pr Dominique Baudon

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