Vaccination de masse contre la Covid 19 dans les EHPADs : attention à l’effet « ping-pong »

La vaccination avec le vaccin Pfizer-Biontech a débuté le 8 décembre au Royaume Uni et ce sera vraisemblablement le cas en France dans quelques semaines. Dans cette Tribune, le Pr Dominique Baudon nous met en garde contre les effets médiatiques négatifs qu’auront l’émergence de cas chez des sujets vaccinés et surtout de pathologies graves (non directement liées au vaccin) dans les suites de la vaccination en raison de l’âge très élevé et des comorbidités des résidents en EHPAD.

Une action de santé qui se veut positive (ping) peut entraîner une réaction négative de la part de la population (pong) ; c’est ce que j’appelle « l’effet ping-pong ».

Les résidents et personnels des EHPADs feront partie des premiers à être vaccinés contre la Covid-19. Il s’agira d’une vaccination de masse, puisque dans un EHPAD, toutes les personnes seront vaccinées en un ou deux jours.

Les taux d’efficacité des vaccins, selon les laboratoires producteurs et selon les types de vaccins, varient de 60 à 95 %.

Ainsi de 5 à 40 % des sujets vaccinés ne seront pas protégés. Il pourra par ailleurs y avoir des cas de Covid19, au cours de la première semaine après la vaccination, le temps d’acquérir l’immunité protectrice, puis les jours et semaines suivantes chez les 5 à 40 % de personnes vaccinées mais non protégées. Ces personnes si elles ne sont pas bien informées, pourraient parler « d’échec de la vaccination » avec une amplification médiatique. C’est là le premier effet ping pong. « Je suis vacciné (ping), la vaccination ne marche pas (pong). »

Bien sûr la vaccination n’aura pas d’impact sur les autres maladies susceptibles de survenir chez les résidents, souvent atteints de co-morbidités. Il y aura malheureusement des décès sans aucune relation avec la Covid 19. Et nous avons là le deuxième effet ping pong. Attribuer à la vaccination (ping) les pathologies et les éventuels décès (pong).

Souvenons-nous de la campagne de vaccination contre l’hépatite B

Cet effet a déjà été observé lors de la vaccination de masse contre l’Hépatite B réalisée en France en 1994.

Rappelons les faits :

En 1993, l'Organisation mondiale de la santé recommande la vaccination universelle contre l'hépatite B. En décembre de la même année, le Conseil supérieur d'hygiène publique de France recommande cette vaccination en France pour les nourrissons, avec un rattrapage pour les adolescents âgés de 11 à 17 ans et pour les personnes à risques. Il s’agissait donc d’une vaccination de masse qui a été réalisée lors de la rentrée 1994.

L'information sur la vaccination avait été délivrée dans la précipitation aux médecins, au public et aux médias, avec une certaine dramatisation. Le résultat fut un dépassement de la cible et la vaccination de nombreux adultes, aboutissant à près d'un tiers de la population française vaccinée. Dans les suites a surgi dans les médias une violente polémique sur la vaccination contre l'hépatite B, accusée de déclencher des cas de sclérose en plaques. Depuis, de nombreuses études scientifiques ont montré l’absence de corrélation entre cette vaccination et la maladie ; en particulier en France il a été démontré que le nombre de cas de sclérose en plaques n’avait pas augmenté par rapport à ce qui était attendu.

Mais le mal était fait ; cela a entraîné la décision gouvernementale de suspendre la vaccination contre l’hépatite B. S’en est suivie une réticence accrue de la population à toutes les vaccinations et cela pendant plusieurs années. Heureusement la vaccination contre l’hépatite B a été réintroduite dans le calendrier vaccinal français en 1996.

Informer sur les limites de cette vaccination

Ainsi, pour éviter ces effets ping pong et établir la confiance en la vaccination contre la Covid 19, il faut une implication claire des autorités de la santé justifiant la stratégie vaccinale, une concertation entre les différents partenaires impliqués, une explication de la stratégie vaccinale, une validation scientifique des informations délivrées par les médias.

Il faut en particulier informer les bénéficiaires des limites de cette vaccination (son efficacité réelle) et leurs demander d’être prudent dans l’interprétation des éventuelles pathologies pouvant survenir après la vaccination. Il faut aussi informer la population de la mise en place d’un système de surveillance fiable de l’apparition des éventuels effets secondaires (Phase de pharmacovigilance), qui, s’ils étaient avérés et graves, entraineraient l’arrêt de la vaccination.

Pr Dominique Baudon, Professeur du Val-De-Grâce

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (4)

  • Efficacité remarquable du vaccin à ARNm Pfizer-BioNtech

    Le 12 décembre 2020

    Les données d'efficacité du vaccin à ARNm de Pfizer et BioNtech ont été publiées dans le New England Journal of Medicine du 10 décembre 2020 (Polak et al. DOI: 10.1056/NEJMoa2034577) accompagnées d'un Editorial. Pour ceux qui ne lisent pas Shakespeare, des sites de traduction automatique font un excellent travail. Les documents de synthèse (Briefing document) de Pfizer et des assesseurs de la FDA ont été rendus publics sur le site de la FDA.
    La figure 3 de l'article montre l'incidence cumulée des cas confirmés de COVID-19 depuis la première injection de vaccin (groupe vaccin (21 669 volontaires) contre placebo (21 686 volontaires). Les résultats sont impressionnant. Dès le douzième jours après la première injection les courbes divergent, soit sept jours après la période médiane de cinq jours de virémie, indiquant la mise en place précoce d'une immunité protectrice partielle. La protection la plus complète contre la maladie étant observée dès le septième jour après la deuxième injection.

    On ne sait pas encore si les volontaires vaccinés n’ont pas une période de possible transmission virale s’ils rencontrent le virus. Néanmoins, ce que l’on sait déjà c’est qu’un vaccin similaire (Moderna) provoque rapidement chez le singe macaque une forte immunité (juillet 2020: DOI: 10.1056/NEJMoa2024671). Huit singes macaques ont reçu des doses de virus dans le nez ou la trachée un mois après la deuxième vaccination. Un jour après, un sur huit avait du virus détectable dans le fluide pulmonaire, et au deuxième jour, plus aucun n’avait de virus détectable. Dans le groupe contrôle non vacciné, huit sur huit présentaient du virus actif. La vaccination a réduit considérablement la capacité du virus à se multiplier dans les voies respiratoires. On peut donc espérer que la vaccination rendra la survie du virus difficile et réduira la transmission asymptomatique.

    Il faut effectivement que nous faisions l'effort de connaître les résultats pour éviter de propager des "on ne sait pas".

    Dr Jean Caraux



  • Vaccin NLP ARNm: quelques remarques

    Le 12 décembre 2020

    Pour éclairer un peu plus le lecteur sur ces premiers essais de vaccins antiCOV2, il me semble opportun de donner quelques résultats et d'y ajouter des remarques.
    - les cohortes vaccinée et contrôle correspondent à des sujets agés de 16 ans et plus, 21720 et 21728 personnes mais sans bien connaitre leur composition.
    - les vaccinés sont de fait bien protégés, seuls 9 ont été infectés mais on ne connait pas la sévérité liée à cette infection sauf pour une où il y a eu une forme sévère, mais quelle forme?
    - dans la cohorte contrôle on a observé 162 infections, dont 9 ont souffert d'une forme sévère.
    On peut noter que 162 personnes ont été infectées sur 21728 soit 0.7% et 0.04%, respectivement, dans la cohorte contrôle.

    Première remarque et correction sur la contagiosité du COV2: la valeur de 0.7 est inférieure à 1, et proche des valeurs calculées de manière indépendante (PLOS BIOLOY doi: 10.1371/journal.pbio.3000897) 1.2 -0.8 et bien inférieure aux premiers chiffres de 2020 disant que le virus est très infectieux?

    Deuxième remarque concernant la vaccination des personnes à risque, âgées, et comorbidités (Tabac, alcool, obésité souffrant d'insuffisances cardiovasculaire, pulmonaire et métabolique)
    on est en droit de se poser de nombreuses questions sur la future efficacité de ce vaccin chez ces personnes qui souffrent très probablement d'immunosenescence.
    Donc quand il est écrit "une efficacité remarquable", prenons garde à ne pas vendre la peau de l'ours avant de..; parmi d'autres questions il pourrait aussi avoir des effets adverses comme la facilitation de l'infection par ce vaccin sur une infection grippale.

    Les virus m'ont appris à être très prudent, d'autant qu'ils savent fort bien exploiter le système immun, exemples Retrovirus dont le SIDA, coronavirus, flavivirus.
    De la part d'un virologue.

    Dr Jean-Luc Darlix

  • La nécessaire communication avec les patients

    Le 12 décembre 2020

    Merci à Dominique Baudon de rappeler le bon sens, les enjeux essentiels d'une campagne de vaccination, la nécessaire communication avec les patients. Et la conscience des limites de notre métier, sujet récurrent avec les praticiens qui m'adressent des patients en "unité Covid".

    Dr Bernard Hazon

Voir toutes les réactions (4)

Réagir à cet article