Bangladesh, une extrême pauvreté après le confinement

En Avril 2020, plus de 3 milliards de personnes vivaient dans une zone confinée. Les conséquences de ce confinement nous apparaissent au fil du temps, considérables, tant sur le plan économique que psychologique ou familial. Mais qu’en est-il dans les pays à faibles revenus ? Une étude publiée par le Lancet révèle l’impact du confinement sur les familles, dans une zone rurale du Bangladesh, très touchée par la pandémie, et dans laquelle le confinement a duré du 26 mars au 30 mai 2020.

Plus d’un tiers des familles en insécurité alimentaire

Près de 2 500 mères de famille ont répondu à une enquête menée du 19 mai au 18 juin 2020. Les résultats sont édifiants, puisque, si 96 % des participantes déclarent que leur foyer a subi une baisse de revenus pendant le confinement, la moitié des familles a basculé dans un état d’extrême pauvreté. Le nombre de familles vivant avec moins de 1,90 $ par jour a en effet été multiplié par 5 à la suite du confinement.

Cela est associé à une augmentation importante, de près de 52 %, de « l’insécurité alimentaire » modérée ou sévère. Avant la pandémie, 5,6 % des familles étaient en insécurité alimentaire modérée, elles sont 36,5 % après le confinement. L’insécurité alimentaire sévère passe quant à elle de 2,7 % à 15,3 %. Le Programme Alimentaire Mondial avait estimé que la pandémie pouvait doubler les risques d’insécurité alimentaire. Ces résultats montrent que, dans certaines zones, l’impact pourrait être encore plus important. Cela est dû à l’effet de la baisse des revenus sur l’accès à la nourriture, mais également sur les effets de la pandémie sur les chaînes d’approvisionnement.

Davantage de violences conjugales

L’enquête portait aussi sur la santé mentale des mères de famille. Et, sans trop de surprise, les réponses montrent en particulier une augmentation des symptômes d’anxiété. Parmi les femmes victimes de violence de la part de leur conjoint, une sur deux relate une augmentation de cette violence, qu’elle soit émotionnelle, physique ou sexuelle.

Pour les auteurs, deux types d’intervention semblent nécessaires pour réduire l’impact du confinement sur la vie des familles. Un soutien financier est essentiel, qui ne doit pas être réservé aux familles les plus pauvres, comme cela a été le cas jusqu’à présent. L’enquête montre en effet que les conséquences financières du confinement ne se limitent pas aux plus défavorisés, mais touchent aussi les ouvriers qualifiés qui n’étaient pas en situation précaire avant le confinement. D’autre part, il est nécessaire d’assurer une permanence de l’accueil des femmes victimes de violences.

Dr Roseline Péluchon

Références
Hamadani JD et coll. : Immediate impact of stay-at-home orders to control COVID-19 transmission on socioeconomic conditions, food insecurity, mental health, and intimate partner violence in Bangladeshi women and their families: an interrupted time series. Lancet GlobHealth, 2020 –publication avancée en ligne le 25 août. doi.org/10.1016/S2214-109X(20)30366-1

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