Cannabis médical : comment transformer l’essai ?

Paris, le lundi 26 juin 2023 — Alors que l’expérimentation du cannabis à usage médical se terminera en 2024, l’association Santé France Cannabis, qui représente des entreprises du secteur, a souhaité formuler plusieurs propositions pour le développement de la filière.

Une expérimentation qui touche à sa fin

« L’accès au cannabis médical ne peut plus être considéré aujourd’hui comme une option, mais bien comme une urgente nécessité », explique en préambule Frantz Deschamps, président de Santé France Cannabis, dans une note publiée la semaine dernière.

Aujourd’hui, on le sait, l’accès au cannabis médical est pour l’heure l’objet d’une expérimentation (qui a connu quelques perturbations et retards). Seul un certain nombre de patients peuvent en bénéficier et une quantité limitée de pharmacies est habilitée à en délivrer. L’expérimentation, débutée en 2021 et renouvelée la dernière fois en mars 2023, prendra d’ailleurs nécessairement fin en 2024. Une proposition de loi transpartisane, portée par le député Ludovic Mendes (Renaissance) devrait être déposée prochainement afin de passer de l’expérimentation à une situation de droit commun.

En parallèle, la Direction générale de la santé (DGS) a indiqué, dans un rapport paru le 21 avril dernier, que plusieurs orientations avaient été retenues concernant le statut des médicaments à base de cannabis. L’organisme préconise, a priori, un statut ad hoc pour ceux-ci afin d’aider à la prise en charge personnalisée et au niveau de traçabilité des produits.

Comme le note Frantz Deschamps, « la DGS a souligné les limites des autres statuts envisagés […] notamment celui des préparations magistrales. L’AMM [autorisation de mise sur le marché, NDLR] reste le statut privilégié à moyen terme, mais il apparaît que, à court terme, l’ensemble des besoins des patients ayant bénéficié de l’expérimentation ne sont pas couverts par les médicaments bénéficiant d’une AMM ». Une situation qui rendrait donc nécessaire la mise en place d’un statut ad hoc et d’une évolution législative. C’est, dans ce contexte, que Santé Cannabis France a souhaité adresser plusieurs propositions aux pouvoirs publics.

Former les professionnels de santé, accélérer sur la définition du statut…

L’association a formulé 16 propositions au total. Parmi elles, on retrouve en particulier la nécessité d’avancer rapidement sur la définition du statut ad hoc évoqué plus haut, tout en faisant attention à « le calibrer pour les médicaments à base de cannabis ».

Concernant les indications thérapeutiques, le syndicat souhaiterait débuter par les cinq déjà désignées de l’expérimentation, à savoir : certaines formes d’épilepsie sévère, certains symptômes rebelles en oncologie, les douleurs neuropathiques réfractaires aux thérapies accessibles, les situations palliatives et la spasticité douloureuses de certaines maladies du système nerveux central. Il s’agirait par la suite de les étendre en fonction des preuves apportées et en s’appuyant sur les travaux de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et de la Haute autorité de santé (HAS).

Sur le sujet de la prescription, deux propositions importantes sont formulées : prévoir d’instaurer une formation obligatoire à destination des professionnels de santé primoprescripteurs et prévoir que tout médecin, qu’il soit spécialiste ou général, puisse prescrire des médicaments à base de cannabis.

Enfin, concernant la culture, le syndicat préconise de faire cohabiter deux modèles d’autorisation, à savoir la contractualisation préliminaire avec les établissements autorisés et un régime d’autorisation délivrée sous le contrôle de l’ANSM.

Raphaël Lichten

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Vos réactions (4)

  • Auto culture

    Le 28 juin 2023

    En Italie les malades sont autorisés à faire leur propre culture pour 4 plantes.
    La France cherche encore à monopoliser la culture et distribution pour taxer le malade.
    En Italie, terre de plus en plus d’extrême droite, et en France la Renaissance ?
    Quel pays respecte plus les droits de l’homme ?Quel pays est le plus démocratique….

    A Cannavacciuolo, IDE

  • Cannabis dit "thérapeutique"

    Le 28 juin 2023

    Le porte-parole du gouvernement, Olivier Véran, qui fut député avant d’être le ministre de la Santé que l’on sait, a initié une mission parlementaire sur le cannabis, visant sans équivoque à sa légalisation, pour des usages « thérapeutiques », pour des usages « de confort » et même pour des usages « récréatifs » (disons sans contorsions - toxicomaniaques).
    Pour parvenir à ses fins et partager les responsabilités, il a « mouillé » un certain nombre de comparses. A commencer par un psychiatre, frais émoulu de la pharmacologie, N. Authier, qui a été missionné pour montrer les éventuels intérêts thérapeutiques du cannabis, que d’emblée il qualifia de « cannabis thérapeutique », alors que l’objet de l’étude qu’il mettait en place devait précisément le déterminer ; façon grossière et très peu scientifique de « forcer le destin ». Pour ce faire il a « bidouillé » un essai clinique, dont le caractère hétérodoxe a vite provoqué la surprises et les protestations convergentes de différents experts. Il fut ainsi contraint de rétrocéder cet essai clinique au niveau d’une « expérimentation ». Cette dernière n’en demeure pas moins lourde, coûteuse, en rupture avec les critères élémentaires qui sont requis pour adouber une substance à la dignité d’un médicament. Ses conclusions, obtenues dans le contexte biaisé que l’on va voir, ne sauraient déboucher sur une autorisation de mise sur le marché (A.N.M.). Pourtant un passage « en force » est à craindre, tant la volonté et les pressions sont fortes, même si « l’expérimentation » donne l’impression de tomber en quenouille. Beaucoup d’experts, on l’a dit, et avec eux les académies nationales de médecine et de pharmacie, fustigent ses anomalies majeures :
    - L’absence de placébo ;
    - L’absence d’un comparateur / médicament de référence ;
    - Le non recours à la pratique du « double aveugle », dans laquelle le prescripteur ne sait pas ce qu’il administre et le patient ignore ce qu’il reçoit ;
    -Le nombre restreint de patients (3 000) eu égard aux cinq pathologies explorées, aux trois types d’association en proportions différentes de tétrahydrocannabinol/THC et de cannabidiol/CBD, avec plusieurs posologies différentes de chacune de ces associations.
    -L’omission complète dans cette « expérimentation » des multiples molécules qui sont présentes au coté des THC et CBD, à des concentrations inconnues et qui varient d’un lot à l’autre ; qu’il s’agisse des cannabinoïdes et des substances non cannabinoïdes ; « végétal varie, bien fou qui s’y fie ».
    - La publication au cours de l’étude de résultats partiels, qui sont susceptibles d’influencer l’opinion des patients inclus dans cette « expérimentation ». D’autant, faut-il le rappeler, que le THC est une drogue dont les effets appétitifs ne peuvent qu’accroître le niveau de satisfaction de ceux qui l’expérimentent.
    - L’étude peine à recruter les 3 000 patients prévus, alors que parmi ceux qui sont déjà entrés dans « l’expérimentation », un certain nombre en sont sortis et sont perdus de vue ;
    - Des effets adverses graves sont rapportés ; ce qui, dans une étude normale, pourrait conduire à son arrêt.
    « Bidouillage » disions-nous ! Le nouveau ministre de la Santé (F. Braun), manifestement pas dupe, a décidé de prolonger l’expérimentation, alors que ses instigateurs se préparaient, sans vergogne, à l’abréger, n’ayant pas réuni les 3 000 patients prévus ; ils paraissaient déjà prêts à émettre les conclusions favorables qui semblent déjà rédigées….

    Pr. Jean Costentin
    Président du centre national de prévention, d'études et de recherches sur les toxicomanies (CNPERT)

  • Transformer l'essai ?

    Le 29 juin 2023

    On connaît la règle originelle du rugby : l'essai donne droit à une transformation, qui seule fait gagner des points. Ici aussi, l'essai n'est qu'un prétexte préalable, pour passer rapidement à autre chose - qui rapporte.
    La mise en oeuvre de cette manipulation est proprement scandaleuse, tant dans son principe que dans sa méthode. Le principe avoué est de mettre en œuvre le plus vite possible un marché ô combien lucratif, pour répondre à une demande croissante de toxicomanie. Quant à la méthode, elle n'en est tout simplement pas une, ni scientifique, ni sanitaire, ni même éthique.
    Tout est mensonger dans l'argumentation de zélateurs du cannabis dit thérapeutique, cheval de Troie pour les producteurs de chanvre et les usagers de cannabinoïdes. Mal gré qu'on en ait, n'est acceptable en pharmacopée que ce qui est produit selon les canons de la pharmacologie.

    Dr Pierre Rimbaud

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