Covid-19 : une progression de nouveau « exponentielle » en France

Paris, le vendredi 28 août 2020 – Le mot est lâché. Dans son dernier point hebdomadaire détaillé consacré à l’épidémie de Covid-19, Santé publique France estime que de nouveau : « en France métropolitaine, la progression de l’épidémie est exponentielle ». Ainsi, le temps de doublement du nombre de cas est désormais de 14 jours contre 17 jours la semaine précédente. Notons cependant, en préambule, que si presque tous les indicateurs sont une nouvelle fois en hausse d’une semaine sur l’autre, l’un continue sa lente diminution, celui des décès hebdomadaires (65 en S34* vs 97 en S33*).

Lente hausse du recours aux soins ambulatoire pour suspicion de Covid-19

En semaine 34, le taux d’incidence de consultations pour une infection respiratoire aiguë a été estimé à 21/100 000 habitants en France métropolitaine contre 16/100 000 habitants en S33.

Même frémissement du coté de SOS médecins où 2 464 actes médicaux pour suspicion de Covid-19 ont été enregistrés, une donnée en croissance de 20 % pour la deuxième semaine consécutive.

Le taux d’incidence explose

Au niveau national, en semaine 34, 726 235 personnes ont été testés pour le SARS-COV-2 par RT-PCR dont 16 171 dépistages aéroportuaires. Au total, 26 890 de ces examens se sont révélés positifs. Le nombre de Covid + identifié en S34 est donc en forte augmentation par rapport à la S33 (+ 57 %) et le taux national d’incidence est désormais de 40,1 cas/100 000 habitants (38,9 hors dépistages aux aéroports) contre 25,6 cas /100 000 habitants en S33.

Figure 1 : Nombre incident de cas confirmés de COVID-19 par semaine, rapportés à Santé publique France, du 23/01 au 23/08 2020 (données au 26 août 2020)

Signe que cette augmentation de l’incidence n’est pas uniquement due à des campagnes plus larges de tests, le taux de positivité national hebdomadaire continue sa progression pour s’établir à 3,7% (vs 3,1 % en S33 et au plus bas à 1,1 %).

Aussi, désormais, 78 départements métropolitains connaissent des taux d’incidence supérieurs à 10/100 000 (contre 54 en S33), dont 44 supérieurs à 20/10 000 et 14 supérieurs à 50/100 000 dont 5 en Ile de France et 3 en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Le taux d’incidence le plus élevé était observé dans les Bouches-du-Rhône (140/100 000) en forte progression par rapport à la semaine précédente (87/100 000 en S33) et les Alpes Maritimes (102/100 00) suivi par Paris (97/100 000).

La part des dépistages positifs est supérieure à 5 % dans 8 départements de France métropolitaine. Les taux les plus élevés étaient rapportés dans le Val-de-Marne (6,6 %), les Bouches-du-Rhône (6,3 %), la Seine Saint-Denis (6,2 %).

Concernant les outre-mer, en Guyane, en semaine 34, le taux d’incidence continue de diminuer (88/100 000 vs 104/100 000 en S33). La même tendance est observée pour le taux de positivité qui était en S34 de 7,4 % (vs. 8,7 en S33).

Aux Antilles, l’épidémie s’étend, notamment à Saint Martin avec un taux d’incidence de 154/100 000 (vs 107 en S33), en Guadeloupe (83/100 000 vs 48 en S33) et en Martinique (46/100 000 vs 34 en S33).

A la Réunion, en semaine 34, le taux d’incidence était de 43,7/100 000 et le taux de positivité de 2,7 %, en augmentation par rapport à la semaine précédente (respectivement 26,4/100 000 et 1,9 % en S33).

Rappelons ici que ces données territoriales sont scrutées par le gouvernement qui dit se préparer à des confinements locaux.


Figure 2 : Taux d’incidence pour le SARS-COV-2 par département (/100 000 habitants), France, du 17 au 23 août 2020 (source SI-DEP)


La Covid : maladie de jeune !

Une fois, encore, en semaine 34, le taux d’incidence pour 100 000 est particulièrement élevé chez les « jeunes ». Il était de 12,2 chez les 0-14 ans, 73,4 chez les 15-44 ans, 30,2 chez les 45-64 ans, 14,9 chez les 65-74 ans et 13,0 chez les 75 ans et plus. En semaine 34, par rapport à la S33, le nombre de cas a augmenté dans l’ensemble des classes d’âge mais l’augmentation était plus importante chez les 15-44 ans et les 45-64ans : +44% chez les 0-14 ans, +67% chez les 15-44 ans, +51% chez les 45-64 ans, +43% chez les 65-74 ans et +13% chez les 75 ans et plus.



Figure 3 : Évolution des taux d’incidence des cas de SARS-COV-2 en fonction des classes d’âge, depuis la semaine 23/2020, France métropolitaine (source SI-DEP)

A l’hôpital, encore épargné, on observe un frémissement

En semaine 34, comme le note Santé publique France l’activité hospitalière pour Covid-19 reste « à des niveaux limités » mais connaît une lente évolution à la hausse. Ainsi, on comptait 2 498 passages aux urgences pour suspicion de Covid-19, représentant 0,9 % de l’activité totale (vs 0,7 % en S33).

Au 25 août 2020, 410 malades de Covid-19 étaient hospitalisés en réanimation en France et 49 nouvelles admissions de patients COVID-19 en réanimation ont été rapportées. En semaine 34, le nombre hebdomadaire de nouvelles admissions en réanimation (134) continue d’augmenter depuis la semaine 27 où l’on dénombrait 73 nouvelles admissions. Néanmoins, le nombre de sujets en soins intensifs se maintient en dessous de 500 depuis le 10 juillet.

Figure 4 : Nombre hebdomadaire de nouvelles admissions de patients COVID-19 en réanimation, depuis le 19 mars et depuis le 1er juin 2020, données au 25 août 2020, France (source : SI-VIC)

Aux épidémiologistes de Santé publique France de conclure : « ces résultats indiquent qu’il est primordial de poursuivre les efforts de sensibilisation de l’ensemble de la population dans l’application des gestes barrière notamment l’utilisation du masque et la distanciation physique pour freiner la propagation du virus ».

*S34 : semaine du 17 au 23 août, S33 : semaine du 10 au 16 août

F.H.

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Vos réactions (5)

  • Attristant

    Le 28 août 2020

    La politique basée sur le stupide précepte "tester, tester, tester !" montre bien son inefficacité.

    Cette "stratégie" qui relève de la pensée magique se heurte au mur de la réalité. Le nombre de cas s'envole dès la fin de juillet, peu après la mise en oeuvre de cette gabegie de dépistages tous azimuts, lesquels étaient justement supposés empêcher (on se demande bien par quel mécanisme miraculeux !) que cela se produise.

    Dr Pierre Rimbaud

  • Dysfonctionnements de la politique de dépistage

    Le 29 août 2020

    La politique de testing massif n'aurait de sens que si elle s'accompagnait de traçage efficace des sujets contact et d'isolement. Ce qui n'est évidemment pas le cas. Dans mon expérience de médecin parisien, je note que les patients qui consultent, souvent symptomatiques depuis quelques jours, obtiennent un RV en laboratoire plusieurs jours après la consultation, leur résultat encore quelques jours plus tard, et que les plateformes de l'Assurance Maladie chargées du contact/tracing semblant débordées, l'identification des sujets contacts reste probablement aléatoire. Je pense que les demandes de test PCR des personnes asymptomatiques voulant se faire tester avant un voyage, un contact familial avec un sujet fragile ou pour toute autre raison, "embolisent" les LAM.

    Je remarque également que je ne reçois que très rarement de la part des labos les résultats des tests PCR que je prescris ! Autant de signes de dysfonctionnements de cette politique de dépistage.

    Dr Gilles Cessot

  • Comportement en période épidémique

    Le 30 août 2020

    les plus grands progrès de la médecine ont été réalisés par le développement de l'hygiène.
    d'abord et avant tout lavons nous les mains,le visage plusieurs fois par jour;portons un masque homologué,espaçons nous.
    Le virus est fragile. Sans nous il disparait.

    Dr Jean-Marc Ternisien

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