Dépendance à Internet de l’adolescent, une addiction sans drogue

Si la dépendance à Internet[1] n’est pas encore formellement reconnue par la dernière version du DSM (le DSM-5 se contentant de reléguer les éventuels « troubles d’utilisation d’Internet » à une annexe des diagnostics « pour lesquels des études supplémentaires demeurent nécessaires avant une éventuelle introduction dans le manuel »), il reste toutefois largement admis que le mésusage d’Internet ou de certaines de ses fonctionnalités (dépendance aux jeux en ligne, aux réseaux sociaux, aux sites marchands, aux sites pornographiques, etc.) crée un contexte analogue à une sorte d’addiction sans drogue, qualifiée parfois de « cyberdépendance » ou de « cyberaddiction. »

Rappelant la prévalence croissante de la dépendance à Internet chez les adolescents pendant la pandémie de Covid-19 où, par le biais des mesures de confinement et de distanciation sociale, le recours au virtuel a supplanté souvent la socialisation dans la vie réelle, une équipe de Calcutta (en Inde) présente une étude comparative transversale en deux groupes randomisés sur ce phénomène de dépendance à Internet, exacerbé ainsi par la Covid-19.

Souvent une famille dysfonctionnelle

Portant sur 1 000 adolescents issus de familles urbaines de la classe moyenne, cette recherche examine les différences de fonctionnement familial, de tempérament, de caractère et de psychopathologie chez des adolescents avec ou sans dépendance à Internet et compare le fonctionnement de sujets « souffrant d’une grave dépendance à Internet » à celui de témoins sans cyberdépendance.

Les auteurs observent que les adolescents avec une dépendance à Internet ont une forte recherche de nouveauté et une faible détermination et que ce phénomène de cyberaddiction est associé à des problèmes de comportement et à des troubles dépressifs. Il existe également une association positive significative entre la dépression et la durée (en années) de l’utilisation d’Internet.

Autre constat : les familles d’adolescents « accros » à Internet ont des « difficultés accrues » dans plusieurs domaines : résolution de problèmes, communication, implication et réactivité affectives, contrôle du comportement.

Au total, les auteurs estiment que les adolescents avec dépendance à Internet ont des difficultés de tempérament, une psychopathologie accrue, avec souvent une « famille dysfonctionnelle. »

En pratique, vu cette conclusion (contexte de famille dysfonctionnelle) et le « rôle central » de la famille (en particulier dans la culture indienne), ils préconisent d’inclure aussi des stratégies axées sur la famille dans les psychothérapies visant à contrer la dépendance à Internet dans cette population adolescente vulnérable.

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9pendance_%C3%A0_Internet

Dr Alain Cohen

Référence
Rathi M et coll.: Internet addiction in adolescents: Role of family, personality and comorbid psychopathology in school children in Eastern India. Indian J Psychiatry 2022; 64(4): 408-414.

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