Dépistage : des tests antigéniques avec résultats en moins de 30 minutes bientôt utilisés massivement ?

Paris, le mercredi 9 septembre 2020 - L’engorgement dans les laboratoires d’analyse, lié à l’afflux de nombreuses personnes souhaitant réaliser un dépistage de l’infection par SARS-CoV-2 pour des raisons très diverses (et pas nécessairement médicales) est dénoncé depuis plusieurs jours. Dans nos colonnes cette semaine, le président du Syndicat national des biologistes (SNDB), François Blanchecotte souligne combien cette situation nuit à la surveillance de l’épidémie et altère l’accès aux soins de l’ensemble des patients. Pour améliorer cette situation, beaucoup fondent leur espoir dans le test salivaire rapide, plus facile à mettre en œuvre et permettant une obtention plus prompte des résultats. Cependant, en dépit de travaux récemment publiés dans le NEJM présentant des résultats encourageants (et analysés sur JIM), le feu vert des autorités sanitaires se fait attendre. Le ministre de la Santé, Olivier Véran a ainsi indiqué hier être dans « l’attente imminente » de résultats de nouvelles expérimentations.

Pas de machine, des résultats en 30 minutes… mais une sensibilité moins importante

Cependant, c’est sur un autre dispositif que les autorités semblent aujourd’hui miser pour améliorer la cohérence et la pertinence du dépistage : le test antigénique. Ce type de dépistage, on le sait, repose sur la recherche d’antigènes et non d’ARN viral. Son avantage par rapport au dépistage par RT-PCR est qu’il ne nécessite pas le recours à des équipements spécifiques : le résultat est connu en une trentaine de minutes, grâce à la coloration du réactif après une réaction chimique ou enzymatique. La possibilité d’obtenir très rapidement le résultat permet d’envisager d’y recourir dans le cadre d’une consultation médicale ou encore en amont de différents évènements ou situations. Ainsi, les décisions de placement en isolement des patients positifs pourront être prises bien plus rapidement, contribuant à un meilleur contrôle de la circulation du virus.

Le premier bémol est que ce test, à la différence d’un dépistage salivaire, nécessite (actuellement ?) un prélèvement nasal, ce qui suppose l’intervention d’un professionnel de santé qualifié et restreint donc la possibilité d’autotests. Par ailleurs, la sensibilité du test est inférieure à celle des tests PCR (qui sont eux-mêmes à l’origine d’un certain nombre de faux négatif évalué autour de 30%), notamment quand la charge virale est faible. Néanmoins, alors que certains spécialistes en s’appuyant sur des analyses des CDC ont récemment fait observer que dans 90 % des cas les patients présentant un test PCR positif ne seraient plus ou presque plus contagieux, la plus faible sensibilité du test antigénique en cas d’une charge virale faible pourrait être un inconvénient limité pour interrompre les chaînes de contamination.

Des armes nouvelles ne sont rien sans plan de bataille

Cette question de la sensibilité et de la fiabilité des tests antigéniques est en réalité toujours en cours d’évaluation. En avril, les autorités nationales et internationales avaient rejeté ces dispositifs, en raison de leurs performances réduites en cas de charge virale basse. L’amélioration des tests mis au point et l’évolution des stratégies sanitaires (qui se concentrent notamment sur la mise à disposition d’outils permettant d'organiser un dépistage de masse) ont modifié les positions. C’est dans cette optique qu’il faut entendre l’annonce du ministre de la Santé qui a affirmé que les tests antigéniques seraient utilisés dès aujourd’hui par l’Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP). Il s’agit en réalité encore de la poursuite d’un processus d’évaluation, dont les premières phases ont notamment permis cet été de distinguer les tests les plus performants.

Désormais, l’AP-HP veut dans les conditions de vie réelle pouvoir comparer les capacités du test avec celles de la RT-PCR, afin notamment de pouvoir préciser les cas dans lesquels une confirmation par un test RT-PCR devrait continuer à demeurer la règle. Les spécialistes s’accordent aujourd’hui pour dire que dans les cas de contact avec un patient symptomatique dont l’infection a été confirmée, le test antigénique seul pourrait ne pas être suffisant.

Des recommandations plus solides sont donc aujourd’hui nécessaires et attendues (avec impatience), afin de préciser la place réelle de ces tests antigéniques dans la stratégie globale. Il est probable que la mise à disposition de ces nouveaux outils ne pourra pas permettre de faire l’économie d’une véritable réflexion sur la nécessité de retrouver le sens médical du dépistage.

Aurélie Haroche

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