Incitation financière à l’arrêt du tabac pendant la grossesse, ça paye !

En 20 ans, le nombre de femmes enceintes fumeuses a diminué de moitié au Royaume-Uni. Malgré ce succès, des irréductibles persistent et restent difficiles à convaincre. Des interventions utilisant des incitations financières à l’arrêt ont été mises en place, sans toutefois que leur efficacité ait été jusqu’à présent parfaitement démontrée par de grands essais randomisés.

Une équipe du Royaume-Uni publie les résultats d’un essai randomisé contrôlé, de phase III, dont l’objectif était d’établir l’efficacité, le rapport coût/efficacité et l’acceptabilité d’incitations financières à l’arrêt du tabac pendant la grossesse, en complément des diverses aides à l’arrêt existant déjà au Royaume-Uni.

Au total 944 femmes enceintes et fumeuses ont été incluses. Elles étaient recrutées à leur première visite prénatale, à moins de 24 semaines de grossesse. En plus de la prise en charge standard à l’arrêt du tabac, elles se voyaient offrir une incitation de 455 € pour s’engager à arrêter de fumer pendant leur grossesse (n = 471). Le groupe contrôle (n = 470) bénéficiait de l’aide à l’arrêt « standard ».

Près de trois fois plus d’arrêts et une augmentation des poids de naissance


Force est de constater que l’incitation financière améliore le taux d’arrêt du tabagisme, qui passe de 12 % dans le groupe témoin à 27 % dans le groupe ayant bénéficié de l’incitation (Odds Ratio OR ajusté 2,78 : intervalle de confiance à 95 % IC 1,94 à 3,97). Il n’est retenu aucun effet indésirable en lien avec l’intervention. En revanche, une augmentation significative de 10 % des poids de naissance des nouveau-nés est constatée quand les patientes ont arrêté de fumer, résultat qui fait écho à une expérimentation menée en France il y a quelques années (augmentation moyenne de 15 % des poids de naissance).

L’objectif des futures études devrait être de déterminer la forme et le niveau de cette incitation financière, pour qu’elle soit la plus efficace et procure le meilleur rapport coût/efficacité.

Une déception toutefois :  la majorité des personnes ayant arrêté de fumer pendant la grossesse ont rechuté après la naissance, dans les deux groupes.

Dr Roseline Péluchon

Références
Tappin D. et coll. : Effect of financial voucher incentives provided with UK stop smoking services on the cessation of smoking in pregnant women (CPIT III): pragmatic, multicentre, single blinded, phase 3, randomised controlled trial.
BMJ 2022;379:e071522. doi.org/10.1136/bmj-2022-071522

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Vos réactions (4)

  • Amusant

    Le 26 octobre 2022

    Faudrait peut être mettre le paquet de clopes à 50 balles... et pareil pour l'alcool...

    Dr G Cuffel

  • Confirme les résultats d'une étude française

    Le 27 octobre 2022

    Une étude française randomisée, publiée également dans le BMJ en 2021, avait déjà démontré cette efficacité d'une incitation financière pour l'arrêt du tabac chez la femme enceinte :
    Berlin I et al. Financial incentives for smoking cessation in pregnancy: multicentre randomised controlled trial. BMJ 2021 ; 375 : e065217
    Cette étude est accessible en ligne avec le lien suivant :
    http://dx.doi.org/10.1136/bmj-2021-065217

    Dr Daniel Thomas

  • Motivation extrinsèque

    Le 27 octobre 2022

    Le problème est que la plupart des modèles utilisant ce type de méthode en psychologie sociale (basés sur les principes "punition" ou "récompense" pour un comportement) montrent que les personnes qui ont ainsi changé sous l'effet d'une gratification non seulement reprennent presque systématiquement le comportement lorsque la gratification disparaît (voir notamment les travaux sur ce sujet de Robert-Vincent Joulé, avec justement le tabagisme), mais qu'elles deviennent ensuite plus résistantes au changement.
    Ainsi, on peut penser que les femmes qui ont arrêté de fumer d'elles-mêmes pendant leur grossesse, puis repris, auront plus de facilité à arrêter par la suite, tandis que celles qui ont arrêté sous l'effet de la gratification auront plus de mal à se sevrer que si elles n'avaient jamais arrêté.

    Dr Jean-Paul Huisman

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