La France est-elle prête à faire face à un accident nucléaire majeur ?

Paris, le vendredi 11 mars 2022 – La guerre en Ukraine a ravivé la crainte d’un accident nucléaire en France, alors que notre pays compte 18 centrales nucléaires.

Dans la nuit du 3 au 4 mars, les forces russes présentes en Ukraine se sont emparées de la centrale nucléaire de Zaporijia, dans le sud-est du pays, après avoir bombardé la zone. Si la centrale n’a pas été touché en elle-même (seul un bâtiment annexe a été endommagé) et qu’aucun incident nucléaire n’a eu lieu, cette intervention militaire sur une centrale nucléaire a suscité l’indignation des Occidentaux et la crainte que la guerre en Ukraine ne provoque un accident nucléaire majeur. Déjà au début de l’invasion, la prise de la fameuse centrale de Tchernobyl par les troupes russes a ravivé de très mauvais souvenirs dans la région. A l’occasion de la prise de Zaporijia, le président ukrainien Zelensky a rappelé que son pays comptait 15 centrales et que l’attaque russe faisait selon lui peser un risque nucléaire pour l’ensemble du continent.

La situation en Ukraine a d’ores et déjà poussé les autorités françaises à vérifier notre dispositif de crise. Cette semaine, il a été demandé aux préfets des zones de défense de recenser les abris souterrains, de contrôler les sirènes d’alarme et de vérifier les stocks de tenue de protection NRBC (« nucléaire, radiologique, bactériologique, chimique »). Dans la zone de défense de Paris, un plan « Orsec iode », qui permet de distribuer des comprimés d’iode à l’ensemble des habitants, est à l’étude. L’Autorité de Sureté du Nucléaire a d’ailleurs rappelé que la France disposait de stocks d’iode suffisant pour « couvrir les besoins de toute la population française en cas de risque d’exposition » et qui peuvent être distribués rapidement « sur ordre des pouvoirs publics ». Des vérifications similaires des plans de crise ont eu lieu en Italie.  

Seuls deux accidents nucléaires se sont produits en France

Le risque nucléaire est particulièrement prégnant en France, notre pays ayant massivement investi dans l’industrie nucléaire. L’hexagone compte 18 centrales et 56 réacteurs et le Président de la République Emmanuel Macron a récemment annoncé la construction de six réacteurs nouvelle génération d’ici 2050 et le maintien au-delà de 50 ans de la plupart des réacteurs existants.

Depuis 1991, il existe une échelle internationale des évènements nucléaires, ou échelle INES, qui classifie les alertes nucléaires selon leur gravité : on parle d’incident nucléaire de 1 à 3 et d’accidents de 4 à 7. Seuls deux accidents de niveau 7 ont eu lieu dans l’histoire, à Tchernobyl en 1986 et à Fukushima en 2011. La France a connu deux accidents de niveau 4, à la centrale nucléaire de Saint-Laurent en 1969 et 1980. Ce niveau 4 correspond à un rejet limité de particules radioactives. En revanche, plusieurs centaines d’incidents de niveau 1 et 2 ont lieu chaque année dans les centrales françaises.

Des comprimés d’iode pour les riverains des centrales nucléaires

S’agissant des réponses à apporter en cas d’accident, trois niveaux doivent être distingués. Au niveau de la centrale, c’est le plan d’urgence interne (PUI) qui est activé afin de ramener l’installation accidentée à un état sûr et d’éviter des fuites radioactives au-delà du site. Il est élaboré par l’exploitant de la centrale. Dans les 20 km entourant la centrale (seuil qui était fixé à 10 km jusqu’en septembre 2019), les habitants doivent se tenir informés en permanence et sont invités à retirer des comprimés d’iode en pharmacie et à avoir leurs affaires de première nécessité prêtes à tout moment.

En cas d’accident nucléaire, un plan particulier d’intervention (PPI) sera activé pour protéger les habitants. Selon la gravité de l’accident, les riverains peuvent être appelés par les autorités à se mettre à l’abri dans un bâtiment en dur. Le préfet peut également ordonner aux habitants de prendre de l’iode, une distribution d’urgence étant organisée pour les personnes qui n’ont pas retiré leurs comprimés à l’avance. Les riverains sont invités à toucher le moins d’objets possibles, surtout ceux qui auraient pu être mouillés par la pluie après l’incident.

En cas d’accident particulièrement grave, l’évacuation des habitants peut être ordonnée. Une évacuation rapide est primordiale pour éviter des conséquences sanitaires importantes. Dans un rapport de mars 2021, l’UNSCEAR, l’agence de l’ONU spécialisé dans la sécurité nucléaire, avait estimé que l’évacuation en seulement 24h des 70 000 habitants de la région de Fukushima avait permis de préserver la population des risques d’irradiation. Après l’évacuation, les personnes éventuellement irradiés seront prises en charge médicalement.

Quelque 2,2 millions Français vivent à moins de 20 km d’une centrale nucléaire.

L’incertitude d’une catastrophe nationale

Outre ces plans locaux qui ne concernent que les populations les plus exposés, il existe également un plan national en cas d’accident majeur, qui pourrait avoir des conséquences sur la santé de tous les Français (en cas de nuage radioactif notamment). Le plan comprend plusieurs types de scénarios : accident nucléaire grave en France ou à l’étranger, incident lors d’un transport de matière radioactive, accident en mer etc. Il vise, selon ses auteurs, à « renforcer la capacité de réponse » des autorités « sans se limiter à la seule proximité immédiate des installations si les effets d’un accident le nécessitaient ».

Dans le scénario le plus grave, soit un accident provoquant « un rejet immédiat et long » de particules radioactives, le plan préconise l’évacuation rapide des populations, y compris si nécessaire au-delà de la zone de 20 km et leur prise en charge sanitaire. Il est également prévu d’interrompre les transports dans les zones contaminées et d’interdire la mise sur le marché de produits alimentaires et manufacturés en provenance des alentours de la centrale. Il pourra également être recommandé aux habitants de cesser de consommer l’eau du robinet pendant un certain temps. Sur le long terme, un suivi épidémiologique et un éventuel retour des populations seront mis en place, ainsi qu’un contrôle de la radioactivité dans la zone.

Nicolas Barbet

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (1)

  • Comprimés d'iode

    Le 12 mars 2022

    Il vaut mieux avoir des comprimés d´iode chez soi et ne pas s´en servir, mais si ça pète ne pas attendre que l´on veuille bien vous en distribuer dans la panique et 8 jours après.Peut-être que comme les masques on n´en a pas.

Réagir à cet article