La prostatectomie, au-delà de la chirurgie

Avec plus de 60 000 nouveaux cas par an, le cancer de la prostate est le cancer le plus fréquemment rencontré chez les hommes en France (1). Il en est de même à l’échelle mondiale puisque des statistiques datant de 2012 (2)  estimaient à 1,1 million le nombre d’hommes atteints de cette pathologie à travers le monde.

Parmi les diverses approches thérapeutiques, la prostatectomie demeure très fréquemment pratiquée malgré les effets secondaires bien connus et gênants qu’elle engendre au premier rang desquels la dysfonction érectile et les fuites urinaires qui sont les plus couramment cités comme affectant la qualité de vie des patients et entraînant un retentissement psychologique important (anxiété, dépression…).

Peu d’études se sont toutefois penchées sur les conséquences sur la qualité de vie de cet acte chirurgical. Une équipe de recherche en soins infirmiers a procédé à une méta-synthèse (3) des articles parus sur ce thème afin de proposer des éléments de réflexion et une prise en charge mieux adaptée aux problématiques spécifiques auxquelles sont confrontés les patients dans les suites de leur intervention.
Ainsi, sur 232 articles abordant le sujet, 15 études ont été incluses dans cette synthèse : cinq études menées au Canada, deux au Royaume-Uni et aux États-Unis, en Suède, en Australie, en Suisse, en Irlande, en Turquie, en Israël et au Brésil.

Le plus difficile est de se rétablir « psychologiquement »

Les auteurs, dans l’analyse de ces différents travaux, identifient clairement un manque d’information des patients dans la période pré-opératoire concernant les effets secondaires encourus du fait de la chirurgie qui leur est proposée. Alors que beaucoup d’hommes décrivent la prostatectomie comme un évènement bouleversant de leur vie, l’accompagnement autour de cet évènement est rapporté comme insuffisant par la majorité d’entre eux et beaucoup se retrouvent désemparés devant la sévérité des changements auxquels ils sont confrontés et qu’ils imaginaient moindres.

Beaucoup de patients portent néanmoins un regard résigné sur ces effets secondaires qu’ils considèrent comme un mal obligé préférable à l’évolution de la pathologie primaire vers une issue fatale. Ce dernier point explique en partie le « manque de retour » concernant le vécu des patients associé au fait que les problématiques de dysfonction érectile et d’incontinence sont encore tabou d’autant plus qu’ils touchent à la symbolique de la masculinité.

Au final, l’enseignement majeur de cette synthèse est que les patients considèrent, de façon frappante, que « le rétablissement psychologique » est la phase la plus compliquée pour eux.

On voit donc clairement que la prise en charge des cancers de la prostate ne doit pas se résumer au seul acte chirurgical et aux soins postopératoires immédiats. Elle doit être aussi psychologique et l’accompagnement de ces patients est primordial afin qu’ils parviennent à s’adapter au mieux aux nouvelles contraintes imposées par la chirurgie. Le personnel infirmier a certainement ici  un rôle très important à jouer.

Maxime Sassalle

Références
1) Association française d’urologie
2) Ferlay et coll. : Cancer incidence and mortality worldwide: sources, methods and major patterns in GLOBOCAN 2012. Int. J. Cancer., 2015; 136: E359-386
3) Kong E.-H. et coll. : Men’s experiences after prostatectomy: A meta-synthesis. International Journal of Nursing Studies, 2017; 74: 162-171.

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Vos réactions (2)

  • Primum non nocere

    Le 30 août 2017

    L’AFU constate qu’il y a 60 000 nouveaux cas par an et que le cancer de la prostate est le cancer le plus fréquemment rencontré chez les hommes en France, 25 cancers prostatiques sur 100 cancers selon l’institut G Roussy. Tout a changé avec la pratique du PSA adoptée par la moitié des hommes ciblés.

    Dans les années 60, le CHU de Strasbourg comptait, au total des deux services d’urologie A et B, environ 60 nouveaux cancers par an, presque tous en situation de dissémination métastatique et environ 800 cancers découverts à l’autopsie au service d’anatomie pathologique, aucun n’ayant donné lieu à des manifestations urologiques ou osseuses selon l’analyse anatomoclinique réalisée selon Louis Fruhling.


    Dans les années 2000, le CHU de Strasbourg comptait, dans son seul service d’urologie A environ 800 nouveaux cancers par an, dont une centaine présente des métastases et 700 se présentant sans symptomatologie clinique, le PSA étant à l’origine de toutes les découvertes asymptomatiques. Par ailleurs, l’autopsie systématique et l’analyse anatomoclinique selon Louis Fruhling a cessé d’exister.

    Il y a au moins 10 fois plus de cancers dans les services dans les années 2000 que dans les années 60. Faut-il opérer ces 700 patients alors que la surveillance instaurée pour la plupart démontre leur « quiescence » (sic) ?

    A l’échelle mondiale des statistiques datant de 2012 estimaient à 1,1 million le nombre d’hommes atteints de cette pathologie à travers le monde. Mais combien de ces cas peuvent être prostatectomisés ?

    Par contre la prostatectomie demeure très pratiquée dans les pays occidentaux malgré les effets secondaires au premier rang desquels la dysfonction érectile et les fuites urinaires sont les plus couramment cités comme affectant la qualité de vie des patients et entraînant un retentissement psychologique important (anxiété, dépression).

    D’autant plus que les récidives tardives sont fréquentes et qu’alors le double choix de l’hormonothérapie avec la radiothérapie aggrave encore les complications locales ou en produit là où il n’y en avait pas.

    Peu d’études se sont toutefois penchées sur les conséquences sur la qualité de vie de cet acte chirurgical.

    Des doutes s’étaient installés en 2000 lorsque l’AFU avait fortement recommandé le dépistage par le dosage de la PSA et conseillé la prostatectomie radicale pour les petits cancers décelés par ce marqueur. A la condition qu’ils ne soient pas « agressifs » selon Gleason chez des patients de moins de 75 ans.

    Attitude bizarre que celle de ne pas opérer le dangereux pour justement opérer ceux des cancers qui ne semblaient pas « agressifs ». La suite a montré que les surveillances étaient peut-être les bons choix.

    De plus, les complications post-opératoires de la PR semblèrent bien trop lourdes pour une intervention dont les résultats attendus en termes de survies ne pouvaient qu’être hypothétiques fondés sur un suivi de dix ans que personne n’avait encore éprouvé.

    Ce n’est que de nos jours que le dépistage par le PSA n’est plus recommandé par les épidémiologistes pour des raisons de survies. Et qu’un conflit s’est installé entre l’AFU et les HAS, INCA, etc.

    Perturbant Le Primum Non Nocere de J Cukier qui quitte Necker brutalement pour cette raison. Son ami urologue se suicide, du fait des suites opératoires personnelles. Très perturbant aussi le livre "Touche pas à ma Prostate" d’un urologue américain qui accepte les refus d’un client récalcitrant. Touchant aussi le livre l'Ablation de Tahar Ben Djelloun très confiant puis désespéré par surprise.

    Qu’en pensez-vous ?

    Dr Jean Doremieux, urologue en semi-retraite

  • Merci au Dr Doremieux pour cette réponse complète

    Le 05 septembre 2017

    Merci pour cette réponse intelligente et complète, qui nous apporte pratiquement plus d'informations que l'article...
    Il est effectivement troublant de constater que le nombre de ces cancers augmente et que la relation avec les facteurs environnementaux ne semble pas une préoccupation majeure, certes difficile à mettre en évidence mais qui vaudrait peut-être la peine d'être approfondie.

    Dr Jean-François Michel

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