Les médicaments anti-rhume fortement déconseillés… faute de pouvoir être interdits !

Paris, le lundi 23 octobre 2023 – L’ANSM déconseille fortement la consommation de décongestionnants oraux à base de pseudoéphédrine, utilisés contre le rhume, en raison d’un risque accru d’infarctus et d’AVC… faute de ne pouvoir les interdire.

Les températures baissent, l’hiver approche et comme chaque année les Français souffrant de rhume devraient se ruer en pharmacie pour acheter des décongestionnants oraux. Actifed Rhume, Humex, Rhinadvil, Nurofen Rhume, Dolirhume… : ces médicaments vasoconstricteurs, souvent considérés par le grand public comme particulièrement efficaces pour soigner les symptômes du rhume, font partie des best-sellers des pharmacies, avec 3 millions de boites vendues en 2022. Et pourtant, ces médicaments disponibles sans ordonnance ne sont pas sans danger.

Dans un communiqué paru ce lundi, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) appelle ainsi purement et simplement les Français à cesser de les consommer. En cause, « un risque d’effet indésirable, rare, mais très grave sur toutes les populations même sans facteur de risque et avec des utilisations limitées » explique le Dr Christelle Ratiginier-Carbonneil, directrice de l’ANSM.

La consommation de médicaments vasoconstricteurs contenant de la pseudoéphédrine augmenterait en effet le risque d’infarctus et d’accident vasculaire cérébral (AVC) : 307 cas d’effets secondaires graves liés à l’utilisation de ces médicaments ont été recensés par la base nationale de pharmacologie entre 2012 et 2018.

Un nez bouché ne vaut pas un AVC

« En cas de rhume, évitez les médicaments vasoconstricteurs par voie orale » recommande donc l’ANSM, mais également le Collège de médecine générale, le conseil national professionnel d’ORL, l’Ordre national des pharmaciens et les syndicats de pharmaciens d’officine. A la place, l’ANSM recommande d’avoir recours à des solutions non médicamenteuses comme « s’humidifier l’intérieur du nez avec des solutions de lavage adaptées : sérum physiologique, sprays d’eau thermale ou d’eau de mer ». Signe que la situation n’est pas prise à la légère, la directrice de l’ANSM est notamment intervenue dans les colonnes du Parisien et sur les antennes de France info pour faire entendre son message le plus largement possible. « Je veux dire aux Français : ne lez utilisez plus » a-t-elle ainsi lancé ce matin sur France info, estimant qu’un nez bouché ne vaut pas le coup de s’exposer à des « effets indésirables très graves ».

Les risques de ces médicaments anti-rhume à base de pseudoéphédrines sont connus depuis plusieurs années et l’ANSM a déjà émis plusieurs alertes à ce sujet. En 2017, elle a ainsi interdit toute publicité pour ces produits et depuis 2020, une fiche d’aide à la dispensation est fournie à tous les pharmaciens. « Cela fait des années qu’on nous recommande de ne pas les conseiller » commente ainsi Philippe Besset, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF). Des messages d’alerte qui ont visiblement porté leurs fruits, puisque les ventes de ces médicaments ont fortement baissé ces dernières années, passant de 16 millions de boites en 2010 à 3 millions l’an dernier. « C’est encore trop » estime la présidente de l’ANSM.

Le lobby du médicament n’est pas de cet avis

Le gendarme du médicament ne peut simplement que recommander aux Français de ne pas consommer ces médicaments et aux pharmaciens de ne pas les délivrer. L’interdiction de ces produits est en effet de la compétence de l’Union Européenne. En février dernier, l’ANSM a d’ailleurs obtenu que l’agence européenne du médicament (EMA) entame une procédure de réévaluation de l’autorisation de ces médicaments, procédure toujours en cours.

Pour le NèreS, le lobby de l’industrie pharmaceutique, l’ANSM aurait d’ailleurs dû attendre les conclusions de cette procédure avant de prendre cet avertissement qu’il juge « prématuré ». Selon l’organisme représentant les industriels du médicament, les premiers éléments de pharmacovigilance concluraient que ces médicaments vasoconstricteurs ne présentent en réalité aucun risque.

« Pour un total de 1,16 milliard de boites dispensées en seize ans, 18 cas de syndrome d’encéphalopathie postérieure réversible ou de syndrome de vasoconstriction cérébrale ont été relevés et parmi les 18 cas recensés, seulement deux peuvent être directement associés à la molécule » explique ainsi le NèreS en réponse à l’avertissement de l’ANSM. En tout état de cause, pour le lobby pharmaceutique, tant que le PRAC (le comité européen de pharmacovigilance) n’aura pas rendu une conclusion contraire, « le rapport bénéfices/risques de ces médicaments sera encore favorable ». Quoi qu’il en soit, ces médicaments restent donc, jusqu’à nouvel ordre de l’EMA, autorisés à la vente en France.

Quentin Haroche

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Vos réactions (4)

  • Médicaments anti rhume

    Le 23 octobre 2023

    Enfin !!!
    Spécialiste des avc , je me suis battu , malheureusement sans succès, pendant …plus de vingt ans ( ! ) auprès de mes confrères , auprès de l’HAS, auprès de la presse et auprès de deux ministres de la santé , pour faire reconnaître le danger et interdire ces produits. En effet si on prend la peine de poser la question, on s’aperçoit que , toutes les années , dans un service de Neurologie, sont hospitalisés des avc et des crises comitiales en relation avec ces produits, le diagnostic , si on y pense, en étant facile sur les anomalies angiographiques.
    Ce n’est donc pas de quelques cas d’AVC dont il s’agit , mais de centaines de cas, la discordance du nombre d’AVC venant du fait que nombre de services ne pensent pas à rechercher cette cause .
    Le problème , en France, a toujours été celui du scandaleux lobbying de l’industrie , alors que dans nombre de pays ces produits sont interdits depuis longtemps.
    Dr J. Boulliat

  • Bénéfice - risque ?

    Le 25 octobre 2023

    Encore une fois, l'importance du risque est une question secondaire.
    D'une part, c'est bien le danger qui est préoccupant, quel que soit le risque.
    Mais surtout, c'est l'importance du numérateur qui est à prendre en compte : quand il est égal à zéro, le dénominateur ne joue aucun rôle !
    Or le bénéfice pour la santé de ces poisons étant bel et bien strictement nul, cela devrait grandement suffire à interdire leur vente.

    Dr P. Rimbaud

  • Vasaoconstricteur

    Le 29 octobre 2023

    J’ai recherché la date de commercialism du Fervex: c’était le 6 juin 1980.
    Cela confirme mon opinion sur l’ANSM qui est pour le moins endormie et inefficace mais surtout inutile et incompétente. Heureusement le Fervex a moins tué que le Mediator.

    A. Bailly

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