Où la capacité des nourrissons à l’autorégulation alimentaire apparaît relative…

Le passage d’une alimentation programmée à une alimentation « à la demande » dans les années 1950 a été suivi d’une augmentation de la fréquence des repas, du volume de la ration quotidienne, et de la prise de poids des nourrissons. Cette observation met en question la capacité qu’auraient les nourrissons de réguler leurs apports énergétiques quotidiens. Si on leur propose trop souvent des repas et qu’ils sont incapables de réduire leurs ingesta, ils risquent de se retrouver en surpoids.

Lyndsey Reynolds et coll. ont mené, par mères interposées, une véritable expérimentation sur des nourrissons nés à terme, eutrophiques et bien portants, pour tester leur capacité à réguler l’apport énergétique en réponse à l’augmentation de la fréquence des repas. Les mères devaient proposer une paire de séquences de repas aux nourrissons aux âges de 1, 2,5, 5, 7, 10 et 12 mois : d’abord des repas à volonté pendant 6 heures de temps, puis, quelques jours plus tard, un repas par heure pendant également 6 h. Les repas étaient composés de lait de mère ou d’une préparation de lait de vache, donnés au biberon, et d’aliments solides à partir de 5 mois, et les quantités d’aliments effectivement ingérées étaient converties en kilocalories.

Des couples mère-enfant ont été recrutés de 2015 à 2019 à Ann Arbor (Michigan, USA) avant le début de la diversification alimentaire, à l’âge de 5 mois.

S’abstenir de donner des biberons de lait « pour calmer »

Pour 175 nourrissons les conditions expérimentales ont été respectées lors de 494 paires de séquences de repas, avec environ deux fois plus de repas horaires que de repas à volonté : 52 paires à 1 mois, 108 à 2,5 mois, 107 à 5 mois, 107 à 7 mois, 72 à 10 mois, et 48 à 12 mois.

Par rapport aux périodes de repas à volonté l’apport énergétique est accru, en moyenne, d’environ 5 kilocalories par kg de poids lors des périodes de repas horaires, quand on combine les données des participants à tous les âges dans un modèle mixte pour mesures répétées (différence : 5,21 Kcal/kg/6 h ; Intervalle de Confiance de 95 % : 2,89-7,54). L’accroissement n’est pas significatif quand on calcule les résultats séparément aux différents âges. Il est stable au cours de la première année de vie. Il peut sembler minime, mais sa répétition quotidienne est suffisante pour provoquer un surpoids.

Malgré ses biais potentiels l’expérimentation suggère que la capacité de régulation énergétique est limitée au cours de la première année de vie, et qu’offrir trop souvent des repas à des nourrissons peut être une cause de surpoids. Les parents doivent être attentifs aux besoins alimentaires de leurs enfants, c’est-à-dire bien identifier leurs manifestations de faim et s’abstenir de leur donner des biberons de lait dans le seul but de les calmer.

Dr Jean-Marc Retbi

Référence
Reynolds LAF et al. : Capacity for regulation of energy intake in infancy. JAMA Pediatr. Publié en ligne le 17 avril 2023. Doi : 10.001/jamapediatrics.2023.0688

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Vos réactions (1)

  • Comment sont donnés les biberons

    Le 19 mai 2023

    Il serait également important d'évaluer comment sont donnés les biberons. En effet, si le bébé est passif, il ne peut que déglutir, par réflexe : donc impossible de se réguler. S'il est actif, la plupart du temps les volumes pris sont plus faibles même si les biberons sont plus fréquents, une autre piste serait donc à explorer... Cliniquement, nous observons habituellement qu'en changeant la façon de donner le biberon (centrée sur les signaux du bébé et en rendant le bébé actif), les courbes de poids des bébés ainsi nourri sont plus proches des courbes OMS que des courbes standards des bébés nourris au biberon.

    C Dalla Lana, sage-femme

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