Peut-on se passer d’antibiotique dans les infections urinaires basses non compliquées ?

Certains travaux ont suggéré que les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) pourraient constituer un traitement alternatif des infections urinaires basses non compliquées. Cela réduirait les prescriptions d’antibiotiques, très fréquentes dans cette indication.

Une équipe suisse publie les résultats d’un essai randomisé incluant 253 femmes atteintes d’une infection urinaire basse non compliquée. Les unes (n = 133) recevaient du diclofénac, à la dose quotidienne de 75 mg de la forme à libération prolongée, pendant 3 jours. Les autres (n = 120) recevaient 400 mg de norfloxacine par jour pendant 3 jours.

Les résultats sont sans appel. Car, si au 3ème jour de traitement 54 % des patientes sous diclofénac ne présentaient plus de symptômes, elles étaient 80 % dans cette situation dans le groupe norfloxacine (différence 27 % ; intervalle de confiance à 95 % [IC] 15 % à 38 %). Le temps médian de résolution complète des symptômes est de 4 jours pour le premier groupe et 2 jours pour le groupe sous antibiotique.

Une résolution plus rapide des symptômes et moins de complications sous antibiotiques

Mais on le sait, la résolution des symptômes n’est pas le seul objectif du traitement de l’infection urinaire basse non compliquée. Le suivi à 30 jours révèle que 6 patientes du groupe diclofénac ont présenté une pyélonéphrite dans les suites de leur infection urinaire basse, dont une sévère a nécessité une antibiothérapie intraveineuse, alors qu’aucune du groupe norfloxacine n’a eu de diagnostic de ce type de complication.

La nécessité de réduire les prescriptions d’antibiothérapie, pour limiter le développement des résistances est une préoccupation constante. Cette étude démontre toutefois l’infériorité du traitement symptomatique par AINS dans cette indication. Les auteurs suggèrent une alternative, qui consisterait à préconiser un traitement symptomatique par AINS dans un premier temps, avec une antibiothérapie différée à prendre seulement si les symptômes persistent. Ils souhaitent que cette solution soit mise à l’épreuve dans de futurs essais randomisés.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Kronenberg A et coll. : Symptomatic treatment of uncomplicated lower urinary tract infections in the ambulatory setting: randomised, double blind trial. BMJ 2017;359:j4784.

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Vos réactions (4)

  • Une jolie démonstration...

    Le 16 novembre 2017

    ... de l'intérêt de soigner l'infection urinaire par antibiotiques...

    Dr Astrid Wilk

  • Obsession anti-antibiotiques !

    Le 17 novembre 2017

    L'élimination des antibiotiques devient une obsession (une mode ?) jusqu'au pas du tout raisonnable !

    Est-il seulement éthique d'avoir exposé 6 patientes à une pyélonéphrite qui est quand même une complication grave en aigüe et pouvant laisser des lésions rénales définitives ? Ceci pour économiser l'effet de sélection de quelques comprimés de norfloxacine.

    Je m'interroge aussi sur l'intérêt d'une quinolone de 2° génération plutôt que d'une 1° comme l'ac. pipémidique : dans une infection qu'on considère comme strictement limité à la vessie quel est l'intérêt d'une molécule plus coûteuse et à spectre beaucoup plus large et diffusion tissulaire, deux facteurs bien plus sélectionnant des résistances et source de plus d'effets secondaires alors que la colossale concentration vésicale de l'ac. pipémidique lui permet de surmonter la plupart des résistances (et le seul effet anti-adhésion, sans bactéricidie, suffit à guérir l'infection).

    De plus mon expérience m'a montré que deux administrations, à quelques 12 h intervalle, suffisait à guérir. Alors pourquoi 3 jours ?

    Le protocole qui m'est apparu le plus satisfaisant est :
    - 2 doses d'ac. pipémidique à environ 12 h, sans bactériologie préalable,
    - contrôle bactériologique 4 jours plus tard (infections asymptomatiques pouvant se compliquer de pyélonéphrite),
    - si présence significative de bactéries nouveau traitement idem et contrôle idem,
    - si encore présence significative de bactéries avis urologique.

    Dr Yves Gille, microbiologiste

  • Obsession anti-antibiotiques ! (Complément)

    Le 18 novembre 2017

    Un point oublié dans mon petit "protocole" : si le contrôle bactériologique à 4 j montre une bactérie à résistance naturellement aux quinolones de 1° génération (essentiellement un staphylocoque), bien sûr il faudra changer d'antibiotique (triméthoprime-sulfamétoxazole par exemple) !

    Dr Y. Gille.

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