Sclérose en plaques : les avortements favoriseraient les poussées évolutives

La sclérose en plaques (SEP) se présente sous trois formes cliniques principales : (1) la SEP récurrente/rémittente (SEP-RR) qui évolue par poussées ; (2) la forme secondaire progressive (SEP-SP) ; (3) la forme primaire progressive (SEP-PP). Dans la première forme clinique qui frappe près de 80 % des patients, les poussées évolutives obéissent à des facteurs déclenchants multiples qui ne sont pas tous identifiés, même si, dans certains cas, elles semblent survenir spontanément. Les avortements peuvent-ils être en cause ?

Une étude multicentrique rétrospective : près de 190 avortements

C’est à cette question que répond une étude de cohorte multicentrique italienne réalisée entre 1995 et 2017. Au cours de cette période, ont été collectés 188 avortements (dont 17 volontaires) survenus chez 153 femmes atteintes d’une SEP-RR. Les taux de rechutes annualisés ont été estimés avant et après l’avortement.  La même comparaison a été faite pour le nombre de lésions de la substance blanche cérébrale prenant le produit de contraste paramagnétique (Gadolinium ou Gd+) sur une IRM faite avant et après l’avortement. Les variables associées à l’activité de la maladie, qu’elle soit constatée cliniquement ou radiologiquement, ont été prises en compte au moyen d’une analyse par régression poissonienne (chaque avortement étant considéré comme une unité statistique).

Les avortements sont survenus au terme d’un délai moyen de 9,5+/-4,4 semaines après la date de conception supposée. Pour 86 des 188 évènements dénombrés, un traitement de fond était en cours au moment de cette dernière. Le taux de rechutes annualisés moyen a augmenté significativement, passant de 0,50±0,71 dans l’année qui a précédé la conception à 0,63±0,7 après l’avortement (p = 0,037). Il en a été de même pour le nombre de nouvelles lésions Gd+, soit 0,77±1,40 vs 0,39±1,04 ; p = 0,004). La probabilité des rechutes cliniques après avortement a été augmentée par divers facteurs : taux de rechutes annualisés élevé avant la conception, arrêt d’un traitement contraceptif, notion d’avortement volontaire. Pour ce qui est de l’apparition de nouvelles lésions Gd+, ce sont les variables suivantes qui ont été mises en cause : nombre de lésions Gd+ préexistantes, arrêt d’un traitement contraceptif, grossesse de durée plus brève et notion d’avortement volontaire.

Cette étude rétrospective suggère que les avortements sont à même de favoriser les poussées évolutives de la SEP dans sa forme récurrente/rémittente dans les 12 mois qui suivent ces derniers. Il en irait de même pour les lésions cérébrales inflammatoires Gd+ dont le nombre augmenterait après ces évènements. La dérégulation des processus pro-inflammatoires qui survient au début de la grossesse pourrait jouer un rôle causal dans la réactivation de la maladie sous l’effet des avortements. Ces hypothèses méritent d’être prises en considération et d’être confirmées par d’autres études de préférence prospectives portant sur des effectifs plus conséquents. A ce stade, l’information peut être intégrée dans la prise en charge de la SEP avec les précautions qui s’imposent.

Dr Giovanni Alzato

Référence
Landi D et coll. : Abortion induces reactivation of inflammation in relapsing-remitting multiple sclerosis. J Neurol Neurosurg Psychiatry. 2018 ; 89 (12) : 1272-1278.

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