A Tokyo, les défibrillateurs externes automatisés plus efficaces que le SAMU

L'arrêt cardiaque brutal est l'une des principales causes de décès dans les pays industrialisés. Une meilleure compréhension et application de la "chaîne de survie", ainsi que la révision des directives de réanimation cardio-pulmonaire (RCP), ont permis d'améliorer les résultats après un arrêt cardiaque extra-hospitalier, même s’ils restent médiocres. L'arrêt cardiaque est généralement associé à un effondrement hémodynamique dû à une fibrillation ventriculaire, et le délai d'attente avant la défibrillation est le facteur le plus déterminant des résultats dans ces cas. Les défibrillateurs externes automatisés (DEA) accessibles au public peuvent permettre aux témoins d'administrer une défibrillation précoce, ce qui peut améliorer le pronostic. Ainsi, des programmes de défibrillation accessibles au public ont été mis en place dans le monde entier, bien que le nombre absolu de patients qui en bénéficient soit apparemment faible, ce qui peut être lié à leurs lieux d’implantation. Par conséquent, une meilleure compréhension de l'efficacité des DAE accessibles au public dans des lieux spécifiques est nécessaire pour améliorer le succès de ces programmes.

D’après les données d'un registre basé sur la population des arrêts cardiaques extrahospitaliers à Tokyo (2014-2018), quelle est l'efficacité des DEA accessibles au public dans les gares ferroviaires de Tokyo ? Ont été retenus les personnes âgés de ≥18 ans qui ont été victimes d’un arrêt cardiaque dû à une fibrillation ventriculaire d'origine cardiaque présumée, en présence d'un témoin, dans les gares ferroviaires. Le résultat principal était la survie à 1 mois après l'arrêt cardiaque avec un devenir neurologique favorable (catégorie de performance cérébrale 1-2).

Le rapport coût-efficacité en faveur d’un déploiement dans les gares ferroviaires métropolitaines

Parmi les 280 patients éligibles ayant subi un arrêt cardiaque en présence d'un témoin et ayant reçu une défibrillation dans une gare, 245 patients (87,5 %) avaient reçu une défibrillation à l'aide d'un DEA accessible au public et 35 (12,5 %) administrée par les services médicaux d'urgence. Les résultats neurologiques favorables un mois après l'arrêt cardiaque étaient significativement plus fréquents dans le groupe ayant reçu une défibrillation à l'aide de DEA d'accès public (50,2 % contre 8,6 % ; odds ratio ajusté : 11,2, intervalle de confiance à 95 % : 1,43-88,4) que dans le groupe ayant reçu une défibrillation par le SAMU.

Au cours d’une période de 5 ans, cette étude montre que les résultats neurologiques favorables à 1 mois après l'arrêt cardiaque chez 101,9 personnes (IC à 95 % : 74,5-129,4) étaient uniquement attribuables à l'utilisation de DEA accessibles au public. Le rapport coût-efficacité différentiel pour obtenir un résultat neurologique favorable grâce aux DEA accessibles au public dans les gares, était inférieur à celui obtenu par un déploiement à l'échelle nationale (48,5 contre 2 133,4 unités de DEA).

Le déploiement de DEA accessibles au public dans les gares ferroviaires de Tokyo a donc été associée à de meilleurs résultats neurologiques après un arrêt d'origine cardiaque hors de l'hôpital, par rapport à la défibrillation par les services d'urgence avec, de plus, un profil coût-efficacité favorable. Ces résultats soutiennent une politique de santé publique qui donne la priorité aux gares ferroviaires métropolitaines dans les programmes de défibrillation à accès public.

Dr Bernard-Alex Gaüzère

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Vos réactions (2)

  • Prudence vis-à-vis de l'intitulé de l'article

    Le 10 août 2021

    Même si le sujet est d'intérêt et le texte adapté à l'analyse de cet article, le titre est trompeur et non approprié. En effet, il n'existe pas de système extra-hospitalier comparable au SAMU au Japon. Il s'agit d'un système proche des organisations anglo-saxonnes sans régulation médicale. Donc, les conclusions de l'article ne peuvent s'apparenter à ce qui est pratiqué en France.

    Dr N. Peschanski

  • Attention au biais du délai de début de RCP

    Le 12 août 2021

    Cette étude est intéressante, cependant il me semble difficile d'interpréter ces résultats étant donnée la différence très importante entre les deux groupes concernant le délai de début de RCP.

    En effet, il est précisé dans l'article que dans le groupe "défibrillation par le public", le délai entre la chute et le début de la RCP est de 1 minute, contre 6 minutes dans le groupe "défibrillation par service d'urgence" (différence décrite même comme significative).

    On peut donc se demander si c'est vraiment l'utilisation du défibrillateur qui améliore la mortalité et le résultat neurologique ou simplement ce retard de début de la RCP. Il serait intéressant d'avoir le détail des résultats entre les deux groupes en ajustant sur ce paramètre.

    Dr A. Hautcoeur

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