La cachexie au cours du cancer : dépistage précoce et prise en charge énergique

Les experts de l’ESMO (European Society for Medical Oncology) ont publié récemment leurs recommandations pour la prise en charge de la cachexie chez les patients atteints de cancer. Elles soulignent l’importance du dépistage précoce et d’une prise en charge adaptée.

La cachexie est actuellement définie, physiologiquement, par la présence d’une dénutrition combinée à des altérations métaboliques en lien avec une pathologie. Elle combine des éléments objectifs (perte de poids, alimentation inadéquate, perte de la masse musculaire, etc.) et subjectifs (anorexie, altérations du goût, fatigue, etc.). Cliniquement, elle associe la malnutrition, établie d’après les critères du GLIM (Global Leadership Initiative in Malnutrition), et la présence d‘une inflammation systémique.

Environ la moitié des patients atteints de cancer évolué présente une cachexie, mais rappelons qu’elle peut apparaître avant même le diagnostic du cancer et peut être présente chez des patients obèses. Ceci explique la fréquence des sous-diagnostics. Quant à la prise en charge, elle ne manque pas non plus de complexité.

L’approche en est multimodale et adaptée à l’état de santé du patient et au pronostic.

Les recommandations publiées par l’ESMO sont donc bienvenues et devraient permettre d’optimiser le dépistage et la prise en charge de la cachexie chez les patients atteints de cancer.

Dépister systématiquement la cachexie dès le diagnostic de cancer

Il est essentiel que la détection des patients à risque soit désormais systématique et réalisée à intervalles réguliers, pour tous les patients atteints de cancer. La prise en charge étant parfois invasive, les auteurs proposent toutefois de limiter ce dépistage aux patients dont l’espérance de vie dépasse 3-6 mois. Plusieurs outils sont disponibles, comme le MUST, le NRS-2002, le SNAQ ou le MST. Tous les patients à risque de cachexie doivent être orientés pour une évaluation nutritionnelle et métabolique. Cette évaluation ciblerait les points sur lesquels il est possible d’agir et permettrait une prise en charge personnalisée, non seulement nutritionnelle, mais aussi dans tous les domaines ayant un impact sur la nutrition (y compris social ou financier). Le suivi doit être régulier pour repérer précocement les symptômes d’une éventuelle dégradation.

Une prise en charge multimodale, adaptée à l’état de santé du patient

La prise en charge de la cachexie est globale. Elle associe la nutrition, l’activité physique, la prise en charge psychologique, oncologique, palliative, à différents degrés et selon l’état de santé du patient. Chaque intervention doit être adaptée à la balance bénéfice-risque.

La prise en charge nutritionnelle inclut celle des symptômes ayant un impact sur l’alimentation, s’assure de la consommation adéquate en énergie et en nutriments, cherche à réduire les changements cataboliques et à favoriser l’activité physique. Les experts de l’ESMO recommandent une prise en charge énergique pour les patients sous traitement anticancéreux et ceux dont la survie estimée dépasse plusieurs mois. La voie orale est privilégiée si elle est possible, mais la pose d’une alimentation entérale est justifiée en présence d’une dysphagie. L’alimentation parentérale sera choisie si ces deux options sont inadaptées ou mal tolérées. Pour les patients dont l’espérance de vie est courte, des interventions non invasives doivent être préférées (conseils, compléments alimentaires oraux, etc.).

Un accompagnement pour une activité physique modérée aide à maintenir ou améliorer la masse musculaire. Les options pharmacologiques validées sont peu nombreuses, hormis les corticoïdes. Enfin, les experts insistent sur la nécessité d’échanges fréquents avec le patient et sa famille pour identifier les problèmes rencontrés et adapter l’information selon l’évolution de la maladie. Un soutien psychologique peut être utile.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Arends J. et coll. : Cancer cachexia in adult patients: ESMO Clinical Practice Guidelines.

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