La malnutrition in utero aurait des effets préjudiciables sur le risque de schizophrénie

En voyant que la Chine représente désormais l’une des plus grandes puissances et « l’usine du monde », on a du mal à réaliser qu’elle connaissait encore, voilà une soixantaine d’années, une terrible famine[1] ! Or on a constaté (notamment après la Seconde Guerre Mondiale en Europe) que la famine constitue un facteur de risque pour la survenue d’une schizophrénie, chez les sujets exposés à des privations nutritionnelles durant la vie intra-utérine : en particulier quand la famine a touché la mère durant le premier trimestre de la grossesse, ce risque de schizophrénie est « plus que doublé.»

Une étude réalisée en Chine évalue l’incidence à long terme de la grande famine (ayant frappé ce pays vers 1960) sur le risque de schizophrénie à l’âge adulte chez des sujets ayant ainsi souffert de graves carences nutritionnelles in utero. Les auteurs utilisent des informations concernant 387 093 personnes, nées entre 1956 et 1965. Ces données portent ainsi sur les années précédant la famine (1956–1958), les 3 années où elle a sévi (1959–1961) et les années suivantes (1962–1965).

Davantage de schizophrénies après la grande famine en Chine

Dans cette population, un diagnostic de schizophrénie (au sens de la CIM-10) a été porté par un psychiatre pour 1 737 sujets, soit dans 0,45 % des cas. Comparativement à la cohorte de référence née en 1965, après cette grande famine en Chine, les sujets nés entre 1959 et 1962 dans une population rurale (plus vulnérable au plan socio-économique) ont des taux de schizophrénie « significativement plus élevés » : Odds ratio OR=1,84 ; intervalle de confiance à 95 % IC [1,13–3,00] . Après ajustement des données pour différents cofacteurs, cette association entre des antécédents de famine éprouvée in utero et une schizophrénie ultérieure « reste statistiquement significative » : OR=1,82 ; IC [1,11–2,98] .

Les auteurs estiment donc que l’exposition à une « malnutrition en période prénatale a un effet préjudiciable sur le risque de schizophrénie à l’âge adulte », plus marqué dans la population rurale. Toutefois, ils précisent que si des déficiences nutritionnelles (à l’origine d’une souffrance neuronale) représentent « l’explication la plus probable », d’autres mécanismes demeurent théoriquement possibles, par exemple « l’impact psychologique de l’exposition à la famine, indirectement associé à une situation de stress nutritionnel. »

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_famine_en_Chine

Dr Alain Cohen

Référence
Ping He et coll.: Long-term effect of prenatal exposure to malnutrition on risk of schizophrenia in adulthood. Evidence from the Chinese famine of 1959–1961. European Psychiatry, 2018; 51: 42–47.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article